NoBorder de Brest

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NoBorder de Brest

Après une remarquable première édition fin automne 2011 généreusement ensoleillée, le festival brestois revient avec une nouvelle saison poursuivant sa formule heureuse cumulant cœur (concerts et émotion), jambes (danse et convivialité) et tête (colloque et réflexion). Il faut dire que la forte participation aux tables-rondes de l’année dernière semble encourager la réorganisation de telles conférences ouvertes au public.

Cette fois le symposium de NoBorder 02 se consacre au patrimoine immatériel de l’Humanité avec quelques exemples à la clé pris en Mongolie, au Québec, en Guadeloupe, à La Réunion, dans les Vosges, en Auvergne ou en Bretagne, étape régionale oblige, et surtout riche en la matière, si l’on ose dire.

Heureux hasard ou bon flaire, le NoBorder 02 s’ouvre jeudi 13 décembre (jusqu’au 15, une vingtaine de concerts), pratiquement une semaine après l’inscription par l’Unesco au patrimoine immatériel humain du fest-noz. Ce bal traditionnel breton renaissant de ces cendres, il y a une soixantaine d’années, va faire résonner les murs et la déco délicieusement sixties du Vauban.

Ce cabaret mythique de Brest, voire de toute la Bretagne, accueille dès le premier soir un trio de qualité formé des Irlandais Dónal Lunny (bouzouki, guitare), co-fondateur du mythique groupe Planxty en 1975, Pádraig Rynne (concertina), l’un des meilleurs joueurs de la nouvelle génération, et Sylvain Barou (flûte, uilleann-pipes), figure active et innovante de la nouvelle scène bretonne.

Toujours au Vauban, la même nuit est aussi animée par un autre trio en vogue actuellement dans le genre de rencontres de haute tenue, comme celle du Marseillais Sam Karpienia (chant, mandoloncelle) avec le Stambouliote Ulaş Özdemir (chant, bağlama) et le Franco-Iranien Bijan Chemirani (zarb, daff). Leur projet Forabandit est une fusion puissante, inédite, de l’héritage des trouvères insoumis du pays d’Oc et des bardes ashiks sillonnant l’Anatolie.

Alors que de l’autre côté de la rue, le Quartz, la scène nationale la plus fréquentée de France, accueille une autre Anatoli, nom d’une création signifiant en grec le Levant. Un mélange de compositions personnelles, musiques traditionnelles ou contemporaines jouées à la guitare et chantées par deux voix amoureuses de la poésie grecque, celle, grave, d’Angélique Ionatos, et l’autre, fine, de sa jeune partenaire Katerina Fotinaki.

Ce même jeudi, le Quartz propose en fait un plateau entièrement féminin avec un chant, profond et minéral, soufflant du Sahara algérien, porté par l’exceptionnelle Hasna el Bécharia (de l’ex-Colomb-Béchar). Une rareté à double titre dans le paysage musical maghrébin : Hasna interprète un mysticisme dévolu exclusivement aux hommes. Elle déclame et joue du guembri, l’instrument emblématique de la spiritualité gnawa, appelée aussi diwan.

Le vendredi fête au Quartz une certaine Bretagne, représentée par deux têtes de gondoles de ses chants kan ha diskan et gwerz, Erik Marchand et Yann-Fañch Kemener. Les deux novateurs viennent chacun avec une création où la musique modale bretonne fusionne avec quelques arts savants du passé. Kemener avec Gouañv pebred (toujours l’hiver) retrouve la musique baroque et Marchand avec Ukronia offre en écrin au chant gallo une orchestration Renaissance.

Au Vauban, des musiciens  issus de la Kreiz Breizh Akademi, centre de musique populaire bretonne créé en 2003 par Erik Marchand, proposent une jam session prometteuse, suivie par la harpiste Lina Bellard, nourrie de rencontres multiculturelles. A l’exemple de celle qui lui succède sur la même scène, le trio bretonno-nigérien Serendou.

Le samedi est marqué par la transe et l’envoûtement, des derviches tourneurs et du chanteur soufi d’Alep, Sheikh Habboush, qu’accompagne au Quartz l’ensemble Al Kindi mené par Julien Jalal-Eddine Weiss (qanun), jusqu’au groupe du Haïtien Erol Josué, l’incroyable chanteur, musicien, danseur, comédien et prêtre vaudou.

Par Bouziane Daoudi | akhaba.com | 2012-12-13

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