Le rythme du Cap-Vert dans tous ses états

evenement

Le rythme du Cap-Vert dans tous ses états

description: 

 

 

Photos Pierre Bois

Ceux qui connaissent l’archipel goûtent volontiers cette appréciation : au Cap-Vert, il y onze musiciens sur dix habitants ! Parmi le demi-million d’âmes du pays (un peu plus en diaspora), ils sont vingt-cinq joueurs, chanteurs, danseurs à venir à Paris ce week-end du 15 au 17 juin à la Maison des Cultures du monde (MCM) pour clôturer en beauté la 16e saison de son festival de l’Imaginaire.

Un événement qui veut dire, indirectement, que derrière l’aura de la diva disparue Cesaria Evora, il y a une richesse musicale inouïe en son cher « petit pays » qu’elle a révélé au monde entier. La dizaine de petites îles afro-lusophones souvent boudées par la pluie, au large du Sénégal, recèle une variété extraordinaire de rythmes, de chants, de danses aussi bien dans la tradition que dans le modernisme, sur un territoire massivement créole, essentiellement mulâtre.

A la MCM, chaque concert présente le même déroulé où la culture de Santiago, la plus grande, la plus verte des îles capverdiennes, et surtout la plus africaine, se taille la part du lion. Elle présente d’abord son rythme emblématique, le batuque (batuco, en créole), une frappe véhémente sur un ballot de tissus placé dans le giron des femmes.

Originellement un défoulement de lavandières, cette musique est devenue chronique des événements de la vie exceptionnelle (baptême, anniversaire, mariage, deuil) ou quotidienne (une bonne pêche, une belle moisson, le retour d’un émigré), mêlant le drame et la satire. Telle une griotte du Sahel, la soliste lance le chant, relayé par un chœur de percussionnistes et de danseuses. C’est le finaçon, une improvisation sensuelle regrettant l’homme parti travailler loin, une saudade (sodade, en créole) d’un bonheur perdu.

Une culture qui donnera le funana à la suite de l’introduction de l’accordéon diatonique à Santiago au début du XXe siècle, soutenu par le ferrinho, un reco-reco métallique gratté par un couteau. Il est représenté par la fameuse Nha Manazinha, pratiquement la seule femme à interpréter sa forme traditionnelle car le funana a été accaparé par les hommes qui l’ont largement modernisé pour en faire une danse de couple lascive qui fait les beaux-soirs des clubs de nuit du Cap-Vert et de sa diaspora.

Véritable montagne en pleine mer, l’île la plus spectaculaire de l’archipel, souvent moquée par les autres Capverdiens pour la supposé naïveté de ses habitants, Sant’ Antão présente le saude, un répertoire semi-improvisé de chants de mariage souhaitant le meilleur aux nouveaux époux qu’interprète Maria-Jesus Oliveira, l’une de ses meilleures détentrices.

Plus créole, propagé probablement par des naufragés français, le sanjon (de la Saint Jean) est la plus importante musique de Sant’ Antão. L’ensemble Cola Sanjon vient démontrer la ferveur musicale qui fête Jean-Baptiste, le saint le plus célébré du Cap-Vert (et du Portugal, son ancien colonisateur) pour sa commémoration coïncidant avec le solstice d’été marquant la fin d’un cycle agraire, donnant lieu à des défilés de rue en chants, tambours et danses.

Volcan dont les flancs produisent le seul vin du pays, Fogo est représentée par un descendant d’Armand de Montrond, un Français qui y introduisit la viticulture au début du XIXe siècle. A quatre-vingt ans, le violoniste João Montrond, accompagné à la guitare et au ferrinho, joue et chante avec une énergie juvénille des musiques de salon européen, mazurka, scottish, polka, et des airs plus capverdiens comme les talaia baxu, art typique de Fogo, ou la brûlante coladeira commune à tout l’archipel capverdien.

Autre rythme rassemblant tout le Cap-Vert, planétarisé par Cesaria Evora, la morna, un style d’abord chanté dans les cafés, les maisons, en des séances de musique impromptues appelées tocatinha. Elles réunissent à Paris Zé Luis, l’un des derniers chanteurs de morna traditionnelle, Nenezinho et Zeca au cavaquinho, la petite guitare à quatre cordes d’origine brésilienne, devenue l’emblème de la musique capverdienne dans le monde.

Par Bouziane Daoudi | akhaba.com | 2012-0-13

albums relatifs