La poésie grecque fêtée à Paris

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La poésie grecque fêtée à Paris

Lancée le 4 juin, mêlant spectacles, concerts, lectures, la 3e édition des Chantiers d’Europe du Théâtre de la Ville, fêtant cette saison des cultures italiennes et grecques s’achèvent le mercredi 13 juin par le chant profond d’Angélique Ionatos. L’artiste qui chante plus de deux millénaires et demi de poésies hellènes, de Sapphô de Mytilène (VIIe siècle av. J.-C.) au Nobel de littérature en 1979, Odeysseus Elytis (1911-1996).

En 2006, Angélique a célébré déjà avec sa création en espagnol, Eros y muerte, un autre Nobel (1971), le Chilien Pablo Neruda (1904-1973) dont la plus fameuse œuvre aux 342 poèmes, Le Chant général, a été mis en musique par Mikis Theodorakis. D’ailleurs, ce dernier a confié en 1995 à Angélique l’interprétation de Mia thalassa, une œuvre alors inédite de ce plus célèbre des compositeurs grecs contemporains avec qui la chanteuse collaborera à diverses occasions.

Née à Athènes, quittant à quinze ans son pays alors sous la dictature des colonels en 1970 pour Bruxelles, avant de s’installer dès 1982 en France, Ionatos déclare que c’est l’apprentissage du français qui lui a fait découvrir la beauté et la richesse de sa langue maternelle. Une « nostalgie qui devenait de plus en plus forte, faite de douleur (l'étymologie du mot le dit), mais il y avait "une si belle terre sur mes racines" qu'elle a permis à mes fleurs de pousser », confie l’artiste, aujourd’hui armée d’une vingtaine d’albums.

Un répertoire fabuleux, marqué par son timbre grave, sa guitare soyeuse et où Aggelikí Ionátou (en VO) noue avec délicatesse ses rhizomes grecs à d’autres souches musicales, méditerranéennes, bien sûr et d’abord, mais aussi poussées en d’autres terres culturelles, l’Argentine avec le tango le pianiste Gustavo Beytelmann et le bandonéoniste César Stroscio, le Mexique avec les textes de Frida Kalho ou l’Irlande avec un conte d’Oscar Wilde. Un nomadisme qui mène encore Ionatos vers les rives de la chanson française et les vers de Baudelaire.

Aujourd’hui, Angélique (re)vient à la fameuse salle de la place du Châtelet avec sa jeune partenaire et guitariste, forte de ses études de lettres et musiques classiques, Katerina Fotinaki avec laquelle elle partage le même amour pour leur langue commune.

Une saudade tendre qui parle également d’exil mais où la mélancolie est exorcisée par des pointes d’humour, à l’exemple de leur album de 2009, Comme un jardin la nuit. Le chant mat et sensuel d’Angélique se marie harmonieusement avec celui clair et gracieux de Katerina pour un voyage intimiste bercé par le violoncelle de Gaspar Claus, autre grand voyageur musical.

Par Bouziane Daoudi | akhaba.com | 2012-06-12

Angélique Ionatos & Katerina Fotinaki - Anatoli, Avignon, juillet 2011

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