Nuits soufies du Nil sur Seine

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Nuits soufies du Nil sur Seine

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Photos Alain Weber

Le Musée du quai Branly produit ou plutôt reproduit sur les berges de la Seine rien moins qu’une cérémonie soufie d’un village du Nil. Du mercredi 13 au dimanche 17 juin, nous sommes à Deir, petit village au sud de Louxor, en Haute-Egypte. Ce sont d’abord des images filmées qui nous emmènent dans ses rues poussiéreuses, sa place où s’improvise devant la façade antique d’une maison en terre un embryon de scène.

Soit des tapis dressés mi-cloisons mi-décoration, guirlandes d’ampoules multicolores, une sono déformée, à la limite de la saturation, bancs en bois et nattes à même le sol qui accueillent les « spectateurs », une assemblée masculine bigarrée d’adultes, ados et garçonnets. Si ce ne sont le faible éclairage électrique, les T-shirts et jeans mêlées aux turbans immaculés et aux galabiyas, les djellabas traditionnelles, on se croirait dans les premiers siècles de l’islamisation de l’Egypte qui date de 640 !

Un maître, sheikh, lance dans le micro son mouwal, son prélude vocal d’invocations divines. Le dhikr, l’appel du nom d’Allah et de son Prophète commence. Les psalmodies, les chants et dansent doivent mener les participants jusqu’à la hadhra, la transe. La cérémonie soufie est installée. Le soleil plonge dans le Nil ; les images s’estompent.

Nous sommes dans le noir de la salle Claude Lévi-Strauss, au bord de la Seine où se déplace ce rituel immémorial entamé par le chant puissant, rouillé d’un sheikh. Le réalisateur de cette transposition, Alain Weber, a fait venir trois maîtres chanteurs de Haute-Egypte, Sheikh Hamid Hossein Ahmad, Sheikh Saoud et Sheikh Ghanan.

Des munshids, des hymnodes religieux réputés pour leur art de la cantillation, une litanie modulée sur tous les temps, du murmure jusqu’au grondement, à la possession. Une quinzaine d’autres officiants en assis tailleur sur la scène assistent leurs chants profonds et captivants. Des incantations que rythment flûte qawwal, oud, darrabouka, daff alors qu’une odeur d’encens se répand dans la salle. Nous sommes au cœur d’une nuit soufie du Nil.

Par David Marif | akhaba.com | 2012-06-12

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