Longue nuit de délire à Paris

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Longue nuit de délire à Paris

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Mehdi Haddab © Youri Lenquette

Il est conseillé aux fous et folles du groove de bien se reposer la veille du vendredi 11 novembre où il n’y a pas d’armistice au Petit Bain, en cette nuit de bataclan hétéroclite, souvent électronique, commençant à 20h et s’étirant jusqu’au petit matin du samedi. Bref, une Nuit Transe qui réunit quatre formations, un DJ, quelques artistes invités, et surtout chahute et ridiculise nombre de poncifs sur les musiques sud-méditerranéennes.

A la tête de Speed Caravan, roulotte à géométrie variable charpentée à Paris en 2005, le Franco-Algérien Mehdi Haddab le fait depuis des lustres avec son oud balançant souvent des riffs que ne renierait pas le plus orthodoxe des groupes heavy metal, par exemple Metallica qu’il a découvert à ses treize ans.

Sous haute influence de la période jusqu’à aujourd’hui la plus féconde en musiques modernes, les sixties-seventies du 20e siècle, Mehdi élabore avec son caravansérail des jeux rythmiques déchainés, des nomadismes interculturels et temporels speedés. Speed Caravan touille énergiquement dans un même bouillon nouba arabo-andalouse, rock progressif, chaâbi algérien, psychédélisme anglo-américain, radif persan, jazz, art ottoman, musique électronique. Une auberge espagnole exaltée, luxuriante, où dominent la jouissance des sens et la jubilation de l’esprit.

Un autre Mehdi, Haddjeri de son nom, au chant et la guitare, mène lui aussi une smala furieuse, réunie celle-ci à Marseille, Temenik Electric, après avoir beaucoup ingurgité de rock, funk, pop mais qui n’a pas oublié qu’il a biberonné les traditions du bled de ses parents, l’Algérie.

Temenik, un quintette exalté, spontané, occupe désormais une place enviée dans un mouvement nommé paresseusement arabian rock, un clicheton moutonnier qui oublie que le rock est déjà un orchestre hybride, un « bruit » bâtard, un beuglant ouvert à tous les vents. Temenik y souffle sa tornade, parfois alimentée par une sorte de sirocco incandescent avec quelques mesures sahariennes.

Après la tempête, la quiétude, celle de Yuma, jeune duo tunisien formé fin 2015 de la délicate Sabrine Jenhani, alias Chupee Do, et le pileux Ramy Zoghlemi. Leur folk est surtout une nostalgie émouvante des temps forts de la musique tunisienne populaire, notamment celles de Hédi Jouini (1909-1990) et Mohamed Jamoussi (1910-1982), et plus largement arabe à l’exemple de leur brillante reprise d’un succès de la super star libanaise Fairouz. Un souvenir lumineux qui les pousse à composer leurs propres chansons et réaliser leur premier album, Chura chura, une musique envoûtante, raffinée.

Rassemblée à Paris en 2016, la troupe Oceanic Trance est un hymne réjouissant à la diversité culturelle, un large brassage de souffle de conques, instruments multimillénaires, qui rencontre les cordes grasses du luth guembri du chanteur leader gnawa Jaouad El Garouge, celles du n’goni, et aussi les trombone, basse, didgeridoo, batterie, karkabous, saxophone, bendir, guitare, balafon, djembé, calebasse, ney.

La fin de nuit revient au voyageur jordanien Shadi Khries, percussionniste et DJ, un des initiateurs de ce qui est appelé acid arab ou encore arabic techno sound, un mix de sonorités du désert du Wadi Rum, sud de la Jordanie, de manipulations électro qui captivent et suppriment le temps. Cela s’appelle la transe.

Par Hadi Omar | akhaba.com

Shadi Khries opère une version live de Shamaleh avec le musicien syrien exilé Abu Sayah au Yarghoul

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