Guinguette thaïe à Paris

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Guinguette thaïe à Paris

C’est quelque part entre la batucada brésilienne, le brass band louisianais et le sound system jamaïcain qu’est ce bal de tambours et guitares qui sillonne les rues thaïlandaises, suivi par un public dansant joyeusement, souvent une boisson euphorisante à la main. Il s’agit d’une procession festive aux rythmes obsédants, perçants jusqu’à l’enivrement, mais qui reste avant tout une profusion spirituelle.

Le bal thaï anime traditionnellement les cérémonies bouddhiques où les musiciens doivent « maintenir la tension, le plaisir et entretenir la danse », selon le mot de l’universitaire Pierre Prouteau qui a proposé ce dancing surprenant au programme de cette 20e édition du Festival de l’Imaginaire (2 octobre-16 décembre 2016) inventé par la Maison des Cultures du Monde, plus de 30 ans d’existence à Paris, de découvertes d’arts méconnus et de sauvegarde parfois de traditions menacées d’extinction.

La Maison des Cultures du Monde a créé en 2012 un prix récompensant de jeunes chercheurs pour leur permettre de faire venir au Festival de l’Imaginaire des artistes dont ils étudient la pratique culturelle. Pierre Prouteau, lauréat du prix 2015, explique l’évolution du bal thaï. Au fil du temps, la nouba liturgique est passée de la stricte tradition à une semi-modernité plus relâchée où les tambours, caisses claires, cymbales, luth phin à trois cordes côtoient des guitares électriques branchées sur le secteur d’un chariot mobile d’où des enceintes beuglent un concert tapageur pendant des heures avant de mener le cortège au temple pour les célébrations religieuses.

C’est le style phin prayuk, marque de fabrique du Dao Phra Suk Sin, un groupe originaire de Phetchabun, gros bourg au centre de la Thaïlande, de jeunes musiciens qui mêlent judicieusement répertoire traditionnel et tubes nationaux ou régionaux dans une ambiance jubilatoire.

Sous la houlette du maître de cérémonie bilingue Wisay Mettanant, ils sont cinq joueurs à La Bellevilloise, dans le 20e parisien, aux percussions, batterie à harnais, phin et basse pour développer une sorte de rock saturé, invraisemblable, qui électrise les corps.

Par Bouziane Daoudi | akhaba.com