Rituels et instruments de musiques du monde au Mans

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Rituels et instruments de musiques du monde au Mans

C’est une exposition rare en France, probablement en Europe : s’intéresser à la fois à des instruments de musique traditionnels et aux rituels qu’ils animent, et avec lesquels ils se confondent souvent. C’est ce que propose, jusqu’au 22 avril, de faire découvrir au large public, aux grands comme aux petits, le Musée d’archéologie et d'histoire du Mans dans une conception de son Centre du patrimoine de la facture instrumentale (CPFI) qui entretient ces instruments, collecte le savoir-faire de leurs artisans et montre que les traditions musicales sont encore contemporaines.

Les instruments, dits ethnographiques, sont issus d’une collection rare, celle de la Ville du Mans, forte d’environ 3 000 pièces. Ils sont proposés au regard et à la connaissance pour dire, ne serait-ce qu’en partie, la richesse inouïe de 60 000 ans d’imaginaire humain formulé ici en un espace de rencontre avec des cérémonies liées à la naissance du monde, à l’initiation, la mort, à la relation avec les ancêtres ou à la religion, bref, aux mythes transmis de génération en génération. L’expo est accompagnée le mardi 28 février de conférences comme Les Rites musicaux dans les cultures du monde : entre pouvoir et plaisir, donnée par le directeur du CPFI, Bernard Poulelaouen, et Rituels en musique en Chine de l’ethnomusicologue et sinologue Lucie Rault, d’un concert le mardi 6 mars de hautbois indien shénaï avec le tabla des frères Shankar et Alain Lutic.

C’est l’occasion de connaître, par exemple, l’arc à bouche des chasseurs M’baka d’Afrique centrale, qui, une fois leur piège posé, tendent leur instrument à leurs lèvres, en frappent la corde avec une fine baguette et entonnent un chant destiné aux esprits de la forêt. Alors que dans le Pacifique, les peuples de l’archipel de Vanuatu se servent essentiellement du tambour à fente, fait de tronc creusé et souvent sculpté, pour rythmer leurs danses et cérémonies importantes. C’est encore un arbre dont se servent les Lettons à la mort de l’un d’eux jusqu’à la fin XIXe siècle  pour fabriquer leur cithare qu’ils confiaient au plus jeune de la famille pour en jouer et perpétuer ainsi la voix du défunt.

Si en Afrique subsaharienne l’instrument emblématique reste le tambour pour marquer la circoncision, la mutilation par excision, l’initiation, les rythmes agraires, en Asie centrale, c’est le luth dotâr qui reste l’instrument principal des proto-turcs, issu des Huns, pour accompagner le chant savant ou plus populaire propagés pendant des siècles par les bardes itinérants ou pas. Au Laos, domine le khên, un orgue à bouche qui « parle » aux génies de la nature et que les Hmong précèdent systématiquement par une pièce musicale dédiée à l’esprit de l’instrument pour pouvoir l’utiliser.

Par David Marif | akhaba.com