Un NoBorder #7 novateur

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Un NoBorder #7 novateur

Après une demi-dizaine de concerts en guise d’apéritif, le before, la 7e édition du festival NoBorder de Brest commence mercredi 6 décembre et s’achève dimanche 10 avec une programmation pantagruélique, une vingtaine de spectacles, des saveurs du monde à goûter avec délectation. Des musiques populaires du monde, selon la formule de NoBorder qui expose un large menu, de la tradition purement acoustique à des fusions électriques de cultures ancestrales présentées en deux principaux lieux, le Quartz, première scène nationale de France pour sa fréquentation publique, et le Vauban, de l’autre côté de l’avenue Georges Clémenceau, cabaret vintage mythique de Brest, pour les concerts de l’after.

Commençons par l’avant de ce jeudi 7 au Quartz inauguré dès 18h30 par Lula Pena, une artiste singulière, inclassable avec sa guitare dépouillée, sa voix tragique et émouvante, transcendant les frontières entre fado lisboète, bossa paulista, morna capverdienne et un folk sans frontière. Elle est suivie sur la scène principale du Quartz, le Grand théâtre, par deux fils du joueur de kora le plus connu mondialement, Toumani Diabaté, collaborateur de tant de stars du rock, de la pop, du jazz ou de celles de sa tradition malienne, ses arpèges mandingues, racines évidentes du blues. Pour prolonger leur longue lignée de griots, plus de soixante-dix générations, paraît-il, Balla et Sidiki Diabaté ont réglé la kora familiale sur le temps de l’électronique, poursuivant ainsi l’art novateur de leur illustre papa.

Le même soir, ou plutôt nuit avancée, au Vauban, le guitariste brestois Jacques Pellen présente sa récente aventure avec d’autres Bretons, le bassiste Etienne Callac et le flûtiste Sylvain Barou, et le percussionniste algérois Karim Ziad, Offshore Quartet. Une musique d’improvisation judicieuse, une balade complice qui revisite le jazz, le rock, les traditions bretonne, maghrébine, noire-africaine et hindoustani. Toujours au Vauban, un autre goût du voyage, cette fois, hexagonal, est partagé par le flûtiste breton Gurvant Le Gac et le vielliste marseillais Pierre-Laurent Bertolino, inventeurs d’une composition où les senteurs armoricaines se mêlent harmonieusement aux arômes provençales.

Le vendredi 8, une autre complicité, encore plus impromptue, se dévoile au Quartz, dix ans de compagnonnage entre la chanteuse éthiopienne Etenesh Wassie et le bassiste français Mathieu Sourisseau. Ils sont accompagnés par la violoncelliste Julie Läderach pour un répertoire enchanteur et farouche. Leur succède au Quartz, la Syrienne francilienne Naïssam Jalal qui tire de sa flûte traversière et de son nay des ballades captivantes, des variations subtiles, épaulée par son groupe Rhythms of Resistance avec le Franco-Marocain Mehdi Chaïb (saxophones ténor et soprano, percussions), l’Allemand Karsten Hochapfel (guitare, violoncelle), le Hongrois Zacharie Abraham (contrebasse), le Guadeloupéen Arnaud Dolmen (batterie). Un ensemble qui tissent ses thèmes du jazz et du maqam, ce système mélodique arabe multiséculaire, avec des soupçons d’airs éthiopiens, japonais, gnawas.

Même nuit de vendredi au Vauban, le chanteur Krismenn avec ses compères Romain Jovion (batterie), Antoine Lahaye (guitare), transforme l’ancestral kan ha diskan festif en rap volcanique. Un feu adouci ensuite par le duo tunisien Yuma formé en 2015 par la délicate Sabrine Jenhani, alias Chupee Do, et le vigoureux Ramy Zoghlemi, producteurs d’un folk émouvant évoquant les temps de gloire de la musique tunisienne populaire et plus largement arabe. Une saudade orientale qui leur inspire des chansons envoûtantes et sophistiquées.

Le samedi 9 au Quartz, la KBA#6, Kreiz Breizh Akademi, formation professionnelle musicale créée en Centre-Bretagne en 2003 par l’énergique et à la fois affable chanteur Erik Marchand, propose cette saison un 6e collectif (voix, clarinette, tuba, guitare, oud, vielle à roue, batterie, bouzouki, flûte traversière en bois, claviers, trompette) pour explorer les musiques bretonnes de façon électronique avec l’Algérien Mehdi Haddab, maître furieux du oud électro, pour bâtir un répertoire novateur et prenant.

La même soirée au Grand théâtre au Quartz, le groupe hongrois Söndörgo revendique son héritage musical, européen, bien sûr, et aussi ottoman (occupation du XVIe au XVIIe siècle) notamment quand il joue du luth turc tambura et dénomme son style tamburocket pour investir entre véhémence et douceur aussi bien la tradition magyare, slave, que celles de Serbie, Croatie et Macédoine méditerranéennes.

La nuit du samedi au Vauban est surtout celle de Labelle, le Réunionnais récemment récompensé par le Prix musiques de l’océan Indien pour ses innovations électro en matière de maloya, la musique aujourd’hui emblématique de l’île de La Réunion alors qu’elle a été longtemps interdite à cause de son identité revendiquée par les esclaves des champs de cannes à sucre et de leurs descendants. Pour la petite histoire, l’un des fervents défenseurs du maloya, le chanteur Danyel Waro a été emprisonné pour insoumission au service militaire en… Bretagne.

Par Bouziane Daoudi | akhaba.com

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