Vibrations à Brest

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Vibrations à Brest

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Patrick Molard © Eric Legret

« Un festival sans frontière. Plus que jamais ! ». C’est le cri de ralliement de NoBorder, qui prend tout son sens en ces temps de repli identitaire, d’égoïsme économique, de trouille sociale, de désespoir politique. Ils sont près de cent musiciens originaires d’une dizaine de pays, donnant une quinzaine de concerts pendant quatre soirées pour redonner l’espoir, partager un patrimoine humain, commun.

C‘est le retour de NoBorder, festival et rencontre professionnelle de Brest en ce premier long week-end de décembre. Cette 6e édition marque l’enracinement de NoBorder comme événement culturel fermement inscrit dans l’automne hexagonal et plus particulièrement breton, à l’exemple d’une manifestation aînée, 38 ans d’âge, et rock, les Trans Musicales de Rennes.

Le cru NoBorder 2016 présente quelques moments forts entre confirmations et (re)découvertes comme celle d’un enfant du pays, Erwan Keravec, improvisateur déroutant de cornemuse écossaise qui vient, cette fois, avec un autre fouineur, le percussionniste libanais Wassim Halal, et un fureteur soufi, le chanteur Mounir Troudi (jeudi 8 décembre, 18h30, Le Quartz). Leur trio auto-baptisé Revolutionary Birds (oiseaux) est un envol spirituel, une liberté qui s’affranchit des frontières culturelles traditionnelles pour se transformer en communion universaliste, humaine donc.

Une vision que partage le même soir au Quartz à 20h, Camel Zekri, petit-fils de Hamma Moussa, maître gnawi de Biskra, est de l’Algérie, qui se passionne pendant une quinzaine d’années pour la culture des pygmées Aka de Centrafrique, peuple dont les polyphonies millimétrées et fascinantes ont été révélées dans les années 1970 par l’ethnomusicologue franco-israélien Simha Arom. Zekri à la guitare acoustique, Prosper Kota au chant et à la percussion, Jean-Pierre Mongoa (chant, harpe) et Honoré N’Gbako (chant, percussion) restituent dans un langage contemporain ce legs apparemment archaïque mais étonnamment sophistiqué.

Le vendredi 9 à 18h30 au Quartz, dans le même esprit de raffinement, mais avec des sons lointains, la Syrienne Waed Bouhassoun, une des trop rares femmes solistes de oud, chante de sa voix de miel et pince de ses doigts agiles son luth, ce sultan des instruments de la musique arabe, pour interpréter avec grâce aussi bien des aèdes de la poésie antéislamique que des poètes mystiques des 7e au 13e siècles.

Le vendredi 9, à 20h au même endroit, est dévolu aussi à un art à l’âge lointain avec Khusugtun, cinq jeunes hommes et une (jeune) femme de Mongolie, le pays connu pour ses steppes et son chant immémorial et magique, le khöömei. Une voix qui sort des entrailles tel un grondement jailli du tréfonds de la terre. On dit que ce chant diphonique, émission par un interprète de plusieurs sons à la fois, imite les bruits de la nature, oiseaux compris. Khusugtun, groupe majeur de la nouvelle génération, innove avec un khöömei polyphonique, un tourbillon vocal harmonique porté par des morin khuur (vièles à tête de cheval), guitare, cithare yatga, luth dombra, flûte et percussions qui composent une musique tout aussi vertigineuse.

Le samedi 10 à 18h la scène du Grand théâtre du Quartz accueille une célébrité bretonne réputée aussi dans le pays d’origine de son instrument de prédilection, la cornemuse écossaise, Patrick Molard, un des grands maîtres du pibroc’h, appellation en VO de son champ de travail dit aussi ceòl mòr, soit grande musique. Un des rares instruments européens reconnus pour produire une musique savante dans une tradition orale, que le Malouin Patrick Molard a commencé à manipuler dès ses 14 ans avant d’aller à la vingtaine en Ecosse en apprendre toutes les subtilités auprès de Robert U. Brown et Robert B. Nicol, tout simplement musiciens personnels de la reine Elisabeth.

Entouré de son frère Jacky Molard, as du violon internationaliste, du saxophoniste Yannick Jory, d’Eric Daniel à la guitare, d’Hélène Labarrière à la contrebasse et de Simon Goubert à la batterie, Patrick est au centre d’une véritable scénographie, une nouvelle création qui réactualise le répertoire ancien, classique et populaire, d’une musique exigeante et troublante.

Même scène, même soir à 20h, Christine Salem, caractère trempé, tempérament de feu, est la voix féminine du maloya, cet art brut et hypnotiseur encore dominé par les hommes, longtemps bande son de la rébellion ouvrière et politique à La Réunion. Chanteuse au timbre mat, virtuose du minimaliste caïambe, kayamb ou kayanm en créole, accompagnée d’Ary Périgone (percussions), David Abrousse, frappeur de djembé, dundum, tama, et de Sébastien Martel (guitare, harmonica), Christine a ouvert le maloya né de l’incantation secrète des anciens esclaves africains à d’autres musiques du monde pourvues qu’elles soient libres, affranchies de toute servitude comme son chant habité et émancipé.

Par Bouziane Daoudi | akhaba.com


 

NoBorder#6 extraits from Le Quartz, Brest on Vimeo.

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