Week-end pakistanais au Théâtre de la Ville de Paris

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Week-end pakistanais au Théâtre de la Ville de Paris

La nouvelle programmation musiques du monde du Théâtre de la Ville de Paris est lancée, notamment le week-end des 8 et 9 octobre avec une affiche pakistanaise alléchante, soutenue par la fondation Aga Khan Trust For Culture. Une vingtaine d’artistes qui déclinent quelques traditions d’un pays à la richesse musicale inouïe.

L’allure fragile et l’œil serein qui dissimulent une voix tragique, incandescente, Zarsanga (samedi 8) est la reine de la tradition musicale des Pachtounes, peuple du nord-ouest du Pakistan et majoritaire en Afghanistan. Un chant puissant et sauvage qu’elle a appris à moduler enfant en guidant les moutons de sa famille nomade. La petite gitane fut surnommée rameau d’or, zar sanga en pachtou. Aujourd’hui, c’est une branche fortifiée par quarante ans de carrière qui porte au monde des poésies populaires où l’amour est autant chanté que la nature, les épopées. Découverte en Occident à Paris, il y a une dizaine d’années, Zarsanga y revient avec Muhabat Khan au rubâb, Bilal à la flûte tula et, au tabla, son fils Shahzada.

Le même soir, le maître de la  double flûte alghoza (qui peut-être aussi triple et quadruple) Akbar Khamisu Khan, épaulé par Mohammad Khan au dholak, souffle les airs du Sind, province du sud-est du Pakistan, de la plus grande ville du pays, Karachi, et d’Abida Parveen, souveraine du khyâl et du ghazal. L’alghoza du ustad (maître) Akbar Khamisu Khan tourne, virevolte, ensorcelle l’oreille et pousse à la transe. Mais, le musicien sait aussi se faire tendre, méditatif quand son souffle devient berceur. Son outil, le plus antique de la vallée du Sind, devient rare faute de pratiquants d’un instrument exigeant utilisé aussi dans les cérémonies soufies, dans les rituels de guérison, comme le fait Akbar Khamisu, fils du légendaire et regretté Khamisu Khan.

Abdulharman Surizehi au cithare à claviers benju accompagne le chant pratiquement gitan de Nawab Khan qui joue aussi de la flûte. Ils sont du Baloutchistan, sud-ouest, la plus grande province, la moins peuplée et la plus désertique du Pakistan, près de l’Iran dont elle porte la forte influence culturelle et où une demi-douzaine d’ethnies, dont les Baloutches et les Pachtounes, croisent leurs musiques.

Le dimanche 9 est consacré à Amir Khusro (1254-1324), le poète soufi de la confrérie chishtiyya que tout chanteur de qawwali se doit de chanter. Amir Khusro fut associé à la cour de sept souverains moghols du sultanat de Delhi. Populaire comme auteur prolifique de prose et de poésies khyâl, ghazal, il a écrit en persan, sanskrit, hindoustani, hindavi, arabe, prônait le rapprochement entre les cultures et les religions. Musicien inventif, il aurait inventé les tablas et, bien sûr, a construit les fondements du qawwali.

Ce sont les membres de la trente-troisième génération descendant de son disciple Samaat Khan qui viennent perpétuer son héritage. Le jeune, vingt-neuf ans, Subhan Ahmed Nizami à l’harmonium, soutenu par ses frères Bilal et Hilal, et leurs quatre partenaires, chante un apprentissage exigeant qui lui a été prodigué par la Qawwal Bachas Delhi Gharana de Karachi, réputée la première et grande école de musique qawwali du sous-continent indien. Subhan dirige son groupe depuis ses dix-huit ans. Donc à découvrir sur la scène du Théâtre de la Ville, où les Parisiens ont découvert en 1985 un certain Nusrat Fateh Ali Khan (1948-1997), le propagateur punjabi en Occident du qawwali, dévotion de sept siècles.

Par David Marif | akhaba.com