Chaud week-end Cuba-Africa à Paris

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Chaud week-end Cuba-Africa à Paris

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Orchestra Baobab © Youri Lenquette

Avec le thème Cuba-Afrique, la Philharmonie de Paris nous invite ces samedi 4 et dimanche 5 mai à replonger dans les années 1960-70 grâce à trois dignes représentants de ce qu’on nommait l’afro-cubain : Chucho Valdés, Las Maravillas de Mali et l’Orchestra Baobab.

Chucho Valdés et Jazz Batá 2

Après avoir ressuscité le groupe cubain patrimonial Irakere en 2014, le pianiste Chucho Valdés (dimanche 5) remonte d’un cran puisque nous voici aujourd’hui revenu à l’été 1972, date d’enregistrement du 33-T Jazz Batá (Areito LDA-3409). Plus qu’un album, c’est un concept qui voit alors le jour : un set de percussions afro-cubaines assumait le rôle de la batterie du trio jazz traditionnel. L’africanité reprenant ainsi toute sa place.

Jazz Batá 2 n’en est pas un remake, plutôt la continuité pour le natif de Quivicán, au sud de La Havane, grand passeur musical entre Cuba et l’Afrique noire. Après plus d’un demi-siècle de carrière, le fils du pianiste Bebo Valdés (1918-2013) reprend le travail là où il l’avait laissé, ajoutant un deuxième percussionniste et renouvelant le répertoire de fond en comble avec son éclectisme toujours envoûtant. Le mysticisme n’en est jamais loin.

Maravillas de Mali, merveilles cubaines en Afrique

Si la démarche de Chucho Valdés était de remettre à l’honneur le légat « purement africain » de Cuba – symboliquement les tambours rituels batá et leur cohorte de rythmes dédiés aux orichas (divinités yoruba) –, celle du flûtiste malien Boncana Maïga (samedi 4) et ses acolytes était clairement orientée musique de danse, à savoir tous les styles forgés sur la plus grande île des Caraïbes depuis le danzón, né dans les salons aristocratiques du XIXe siècle, jusqu’au cha cha chá qui, ayant germé au sein des sociétés récréatives pour noirs et mulâtres, réussit à s’imposer jusque dans les milieux les plus bourgeois, blancs, des années 1950.

L’histoire est connue. Fidel Castro (1926-2016) commence à exporter sa révolution en Amérique latine, bien sûr, mais aussi vers le continent africain. La diffusion des idées marxistes passant par la culture, les échanges avec plusieurs pays africains fraîchement indépendants s’intensifient.

Des Maliens à Cuba

C’est ainsi qu’en 1964 un groupe de jeunes Maliens est invité à compléter ses études musicales à La Havane. Ils montent bientôt un orchestre charanga (violons, flûte) avec l’Orquesta Aragón comme modèle, même si leur nom rappelle plus celui de Maravillas de Florida, charanga de la province de Camagüey (centre de Cuba), qui marchait elle-même sur les brisées de l’Aragón, la formation de Rafael Lay (1927-1982).

Ce qui distingue l’orquesta de Maïga de ses consœurs africaines, c’est bien cette fidélité au son et au style cubains, et le fait qu’elle ait pu enregistrer son seul et unique 33 T à Cuba (Areito), ainsi qu’un 45 T comportant le hit de la Sud-Africaine Miriam Makeba (1932-2008), Pata Pata. Extrait de l’album, Chez Fatimata fera danser toute l’Afrique.

Le renversement, en 1968, du président socialiste malien Modibo Keïta (1915-1977) mettra fin à l’épopée. Cinquante ans plus tard, Boncana Maïga est le seul survivant de l’aventure mais l’esprit demeure. Pour cette présentation à la Philharmonie, il a invité la star guinéenne Mory Kanté (chant et kora), Felipe Cabrera (ex-Gonzalo Rubalcaba, basse), une belle section de cordes et deux excellents percussionnistes cubano-parisiens, Abraham Mansfarroll et Inor Sotolongo.

Orchestra Baobab, Cuba au Sénégal

Comme l’Orchestre du Sahel, l’Orchestra Baobab (dimanche 5) est né à Dakar dans les années 1970 et tire son nom d’un club de la capitale sénégalaise auquel il était attaché, mêlant jazz, blues, soul et rythmes sénégalais… et forcément l’afro-cubain. Le groupe enregistre une quinzaine d’albums avant de se dissoudre en 1987. Il est relancé par le producteur anglais Nick Gold en 2001 et enregistre Specialist In All Styles (World Circuit, 2002) avec le roi du mbalax sénégalais Youssou N'Dour et le crooner cubain Ibrahim Ferrer (1927-2005).

Après plusieurs décès, dont ceux des chanteurs Ndiouga Dieng (remplacé par son fils Alpha) et Médoune Diallo (qui fut membre d’Africando), la formation a su retrouver de l’allant et anime les scènes de plusieurs villes du monde. A l’instar de ce weekend parisien Cuba-Africa qui appréhende ainsi les nombreuses facettes d’une des relations les plus fécondes de la musique mondiale.

Par Didier Ferrand | akhaba.com

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