Le 16e festival de l’Imaginaire s’ouvre à Paris

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Le 16e festival de l’Imaginaire s’ouvre à Paris

Il y a d’abord, et derrière les comédiens danseurs, deux hautbois p’iri, une flûte traversière chottae, une vièle à deux cordes haegeum, un tambour sablier changgo, un tambour tonneau puk, et un petit gong kkwaenggwari. Les instruments traditionnels qui rythment le bongsan talchum, un art du détournement, de la dérision, hérité d’une culture qui imprégnait autrefois toute la péninsule coréenne.

Originaire de Bongsan, petite ville au nord-ouest de la Corée du Sud, le bongsan talchum en est aujourd’hui l’une des dernières formes de théâtre populaire masqué encore vivantes, perpétuée par la vingtaine d’artistes de la Bongsan Mask Dance Preservation Society (du 9 au 11 mars) sur les scènes du monde.

Chorégraphie, musique, dialogues et mime à la fois, le bongsan brocarde avec truculence et drôlerie les travers humains avec une forte prédilection pour ceux des puissants, une sorte de Molière au pays du matin faussement calme : on y moque finement des aristocrates dupés par leurs valets, des religieux pervertis ou des vieillards égarés par de jeunes femmes.

Mais plus que des coups de griffe populaires données à la féodalité d’une société fortement hiérarchisée, le bongsan talchum est aussi un mysticisme quand il est pratiqué pour chasser les esprits néfastes, conciliant ainsi dans une même spiritualité bouddhisme et chamanisme.

Autre forme de théâtre et de chants satiriques populaires, le hàt chèo vietnamien né dans les bourgs du delta du Tonkin. Un opéra comique qui commence par chroniquer le quotidien de la vie à la campagne pour devenir une comédie de mœurs et aussi un répertoire de légendes et d’épopées historiques.

Avec des décors sobres, des maquillages excessifs, des costumes colorés, des instruments où dominent le luth nguyêt, la vièle à deux cordes dàn nhi, la flûte en bambou sào trùc ou le tambour mo, les douze membres du Théâtre national hàt chèo du Vietnam (16 et 17 mars) interprètent une pièce anonyme remontant aux XVe-XVIIe siècles, une ironie mise au service d’un drame. La très célèbre pièce Quan Am Thi Kinh conte la tragédie chantée et mimée d’une jeune vertueuse déguisée en moine sacrifiant sa vie pour sauver celle d’un enfant qui s’est avéré ne pas être le sien.

Depuis trois décennies, la Maison des Cultures du monde fait connaître au public français diverses facettes méconnues de la culture coréenne. Des découvertes que poursuit régulièrement son festival de l’Imaginaire avec cette fois le sinawi, une musique enracinée dans l’héritage chamanique, initialement rituelle et que reprennent dès le XIXe siècle des musiciens professionnels pour en faire aussi une musique du plaisir, de fête où l’improvisation est de rigueur.

Mais aujourd’hui, les pratiquants experts des modes ancestraux du sinawi tout en étant créatifs, contemporains, sont rares, à l’exemple de ces deux femmes, Kim Hae-sok (cithare gayageum), Yu Mi-ri (chant), et trois hommes, Kim Young-gil (cithare ajaeng), Yoon Ho-se (tambour janggu) et Kim Chung-hwan (flûte daegeum) qui viennent explorer (23 et 25 mars) des univers régionaux du sinawi. Une maîtrise de tempos originaux, de plus en plus véhéments jusqu’au vertige qui reenoue avec la transe des chamanes.

A l’autre bout de l’Extrême-Orient, il y a un art plus contemplatif, plus profane, venu de l’Espagne arabe, exercé par des praticiens juifs et musulmans depuis des siècles dans un de ses bastions maghrébins, Constantine.

Les maîtres contemporains les plus célèbres de cette métropole de l’Est algérien restent Cheikh Raymond Leiris (1912-1961) et Cheikh Mohamed Tahar Fergani (né en 1928). Abbas Righi (24 mars), vingt-huit ans seulement, est leur héritier prodigieux au chant et au oud, un luth inspiré par ceux de l’Egyptien Riad Sunbati, un des plus importants compositeurs pour Oum Kalthoum, et de l’Irakien Naseer Shamma.

Si la grande moitié Ouest du Maghreb a hérité du style savant arabe de Grenade, Cordoue, Cadix, Valence, sa partie Est, jusqu’en Lybie, elle, a reçu le legs de Séville auquel Abbas Righi, formé dans les confréries soufies et le Conservatoire de Constantine, témoigne une foi de conservateur.

C'est-à-dire être le plus fidèle possible au sens premier d’une musique qui reflétait les émotions et les tempéraments d’une époque aujourd’hui mythifiée pour sa douceur et sa tolérance. Il est accompagné par l’Ensemble Sabâ, une dizaine de musiciens (violons, mandoline, ney, derbouka, târ…) pour perpétuer à la lettre la légende.

Par Bouziane Daoudi | akhaba.com | 2012-03-02