Quatrième saison d’Au fil des voix, 1e partie

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Quatrième saison d’Au fil des voix, 1e partie

Le festival Au fil des voix entame sa quatrième saison dès le jeudi 2 février pour six soirées parisiennes, jusqu’au 11 février, aux affiches alléchantes à l’exemple de celle du vendredi 3, entre retrouvailles, tel l’afro-rock revigorant de JuJu, alias l’Anglais Justin Adams et le Gambien Juldeh Camara, et (re)découvertes, comme celle de la Canzoniere Grecanico Salentino.

Derrière ce nom à tiroirs se trouve (et ne se cache pas) le plus célèbre et ancien groupe de musiques traditionnelles des Pouilles. En fait, c’est une nouvelle génération de musiciens qui forme la troupe fondée en 1975 par Daniele Durante qui a passé la main à son fils Mauro et ses complices (violon, guitare, tambourin, accordéon, cornemuse, danse), pour redynamiser la pizzica, la pincée.

Cette danse emblématique du Salento, soit le « talon » de la Péninsule, où chaque été 100 000 personnes dansent jusqu’à épuisement lors de la nuit de la tarentelle (Notte della Taranta), genre hérité de la musique thérapeutique du sud de l’Italie médiévale.

Le samedi 4, le père Djamchid Chemirani et ses fils, Keyvan et Bijan, retrouvent deux comparses de leur dernier album, Trio Chemirani invite, Ballaké Sissoko et Omar Sosa. Le trio, virtuose de la percussion persane (zarb, daf), de la cruche africaine udu ou du cajón, croise sa musique avec les envolées lyriques de la kora du Malien Sissoko et les notes noires et blanches du pianiste cubain Sosa, habité par l’esprit de la santéría.

Une convivialité contagieuse qui sait laisser libre cours à l’inspiration du moment, des improvisations vertigineuses que seule permet une maîtrise rigoureuse de son instrument et de son art comme les radif et tasnif iraniens, les héritages mandingue et cubain, ou le jazz. Le mystère est là, dans ces chorus qui semblent naturels mais construits avec sophistication.

Autre affaire de fraternité musicale le même soir avec la création Melos, ou onze artistes, neuf hommes et deux femmes sont réunis par Keyvan Chemirani pour célébrer la Méditerranée. Une équipe où la Tunisienne Dorsaf Hamdani apporte avec la vigueur et la finesse de son timbre le malouf, le style légué par le raffinement arabe en Andalousie, terre des ancêtres du guitarrista flamenco Juan Carmona dont la famille avait émigré au Maghreb.

La musique de Juan, qui reste pétri par les cultures des deux rives tout en admirant les grands maîtres de la guitare gitane et jazz, est renforcée par El Kiki, la voix talentueuse de la nouvelle génération de chanteurs flamenco.

Le collectif En Chordais (chant, oud, violon, qanun, contrebasse, percussions), lui, s’est fondé en 1993 pour abattre toute cloison entre les traditions musicales de l’Est méditerranéen. L’ensemble renoue les liens entre héritages culturels communs aux Grecs, Turcs, Egyptiens, Syriens ou Iraniens au-delà de tous les confessions locales et nationalismes étriqués pour rappeler que la Méditerranée se disait mare nostrum, notre mer.

Par David Marif | akhaba.com | 2012-02-02

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