A propos du gwoka avec Gérard Davigny

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A propos du gwoka avec Gérard Davigny

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Photo : Cédric David

A cette douzième édition (du 10 au 13 juin 2011) du festival Terre de blues de Marie-Galante, on ne croise pas que des notes de musiques. Au détour d’une plage de carte postale, entre deux concerts, on rencontre Gérard Davigny, membre de la Communauté de communes de Marie-Galante, première source de financement de Terre de blues avec l’Office de tourisme local.

Parti plus jeune pour la métropole afin d’étudier et de travailler, il est revenu vivre sur son île au sud de la Guadeloupe, passionné de culture créole en général, de musique en particulier, et donc de gwoka (ou gwo ka, gros ka), le rythme traditionnel des soirées appelées léwóz. Elaboré par les déportés d’Afrique, le gwoka est devenu l’âme des îles de la Guadeloupe comme nous l’explique Gérard Davigny.

Comment est né le gwoka ?

Les esclaves africains arrivaient avec en tête tous les rythmes de leur terre ancestrale, mais n’avaient pas le droit de couper les arbres et donc de pouvoir fabriquer leurs tambours. Ils ont alors transformé en percussions les fûts de viande salée qu’ils recevaient dans leurs habitations, sans avoir le droit de faire de bruit dans les plantations.

Les maîtres jouaient dans leurs maisons du clavecin, du violon que les esclaves entendaient et dont ils ont détourné les sons pour les mélanger à leurs propres rythmes.

Quand ils ne travaillaient pas, les esclaves prenaient le large pour pratiquer leur musique. Lors des veillées funéraires où ils n’étaient pas aux travaux, ils jouaient aussi de leurs tambours utilisant ainsi cet espace de la mort pour pouvoir continuer à s’adonner au gwoka.

Très longtemps, le gwoka a été considéré comme la musique des « vieux nègres » sans droit de cité dans les grandes manifestations, celle des bannis. Les Antillais avaient même peur de dire qu’ils savaient la jouer, voire qu’ils possédaient un instrument.

Aujourd’hui, grâce au travail d’associations militantes qui ont utilisé le gwoka lors d’événements publics, cette musique a trouvé la place qui lui revient. On peut assister à des démonstrations de gwoka dans les rues et, des plus grands aux plus petits, tous sont de fervents défenseurs de cette musique.

Le gwoka était d’abord une musique de résistance. Les Guadeloupéens l’arborent comme un signe de fierté parce qu’il avait été interdit tout comme son instrument. C’est devenu un moyen de contestation, notamment lors des grèves où les revendications sont scandées par le gwoka.

Ça ressemble à quoi un groupe de gwoka ?

C’est avant tout un musicien qui joue du ka, le tambour, appelé le marqueur ou makè, car c’est celui qui donne la direction. Les autres percussionnistes, appelés des accompagneurs ou boula, jouent le rythme central et suivent le marqueur. Il peut y avoir un, deux ou trois marqueurs et autant d’accompagneurs qu’il faut.

Il y a aussi des chanteurs. Mais, ce ne sont pas des leaders comme dans d’autres genres musicaux. Leurs paroles s’inspirent des événements de la vie quotidienne qui sont parfois tournés en dérision.

C’est quoi un léwóz ?

Un rassemblement populaire durant lequel on joue du gwoka. Ce qui est vraiment fascinant dans un léwóz ce sont les danseurs qui évoluent sur la piste, l’un après l’autre, des enfants aux grands-parents, dans une sorte de ballet de couleurs et de pas. Mais, ces danseurs ne font pas que danser : ils lancent un défi au marqueur.

Lorsque vous avez le marqueur et les accompagneurs, et bien l’arène est ouverte à qui veut danser. Alors, le danseur a deux choix possibles : soit il accepte les codes et les rythmes du marqueur et danse en conséquence, soit il le défie et tente de lui imposer son propre rythme.

Si le marqueur a une bonne maîtrise de son art, il va essayer de tromper le danseur de façon à lui démontrer qui est le maître en quelque sorte. Bien sûr, il y a une véritable complicité entre eux dans ce duel des rythmes. Ce défi est en fait le léwóz, un spectacle incroyable à regarder et parfois même un peu effrayant.

A l’époque de l’esclavage, les maîtres étaient effrayés par cette danse syncopée, pensant que le corps des danseurs était possédé par le démon. C’est ça également qui à fait du gwoka une musique associée au vaudou.

Par Cédric David | akhaba.com | 2011-06-28

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