Les Quatre Saisons de l’Akademi

entretien

Les Quatre Saisons de l’Akademi

Une immense curiosité pour l’Orient, cette grande région du monde étirée du Maghreb au Machrek, en passant par l’Europe méditerranéenne. La Bretagne pour racine, une terre de musiciens ouverts sur le monde. Voici les premiers ingrédients du documentaire Quatre saisons. Pauline Burguin, journaliste et réalisatrice, s’immerge durant une année entière dans la cinquième Kreiz Breizh Akademi, fraîchement lancée sur le thème des cordes frottées, avec pour objectif la création d’un orchestre au printemps 2015. Entretien avec la jeune cinéaste autour d'un programme de formation musicale hors-norme.

D’où vous vient ce désir de filmer l’académie d’Erik Marchand ?

En décembre 2013, lors du festival No Border à Brest, je découvre le groupe Charkha. Ces musiciens, pour la plupart déjà croisés en Bretagne, pratiquent une musique qui semble venir d’ailleurs. Leurs influences orientales sont marquées et mélangées avec un répertoire local. Je mène l’enquête et je découvre que la plupart sont passés par la Kreiz Breizh Akademi. Dans mon imaginaire, KBA, créée il y a douze ans par Erik Marchand, était une académie de musique traditionnelle bretonne. Je ne connaissais pas le parcours métissé d’Erik Marchand, ni son projet de pôle international des musiques modales.

En janvier 2014, je demande à le rencontrer. Justement il s’apprêtait à lancer la cinquième formation de l’académie sur le thème des cordes frottées. Après quelques heures passées à écouter les premières sessions de travail avec des maîtres venus du monde entier, à discuter avec des musiciens tous passionnés et passionnants,  j’ai eu envie moi aussi de les rejoindre. Problème : je ne suis pas musicienne… mais j’utilise d’autres instruments, une caméra, des microphones, avec lesquels je peux raconter leur aventure. Le thème de la cinquième académie, les cordes frottées m’intéresse particulièrement.

Plusieurs spécialistes de la modalité orientale et du jazz – les Syriens Iyad Haimour et Fawaz Baker, le virtuose de la vièle lyra crétoise Ross Daly, la contrebassiste Hélène Labarrière, l’éclectique Camel Zekri, et bien sûr Erik Marchand – sont conviés pour travailler avec les musiciens sélectionnés. Des maîtres que j’admire déjà, ou que je découvre dans un grand bouillonnement culturel et une simplicité inattendue. Autant d’indices qui me laissent penser que ces douze musiciens vont créer un orchestre inédit.

Comment comptez-vous vous y prendre pour les filmer ? Est-ce un nouveau projet d’émission de télé-réalité made in Bretagne ?

Au contraire, je prends les émissions de télé-réalité à contre-pied. Par exemple, je n’ai pas envie de faire d’interviews des musiciens – et encore moins à huit-clos – pour leur demander s’ils ont bien mangé à midi où pourquoi Paul est plus doué qu’Henri au chant. Dans cette académie, c’est le collectif qui prime, la découverte musicale, la convivialité, les voyages, le professionnalisme aussi. J’ai donc envie de filmer le réel, sans esbroufe, sans mise en scène. De faire un documentaire en somme, qui puisse retracer plusieurs mois de vie en commun pour et par la musique.

KBA

Le titre provisoire de votre projet de film fait référence au concerto de Vivaldi Les Quatre Saisons. Pourquoi ?

 Avant de me lancer dans l’écriture du projet, j’ai passé du temps avec Erik Marchand pour comprendre sa conception de la musique. Il est très pointu sur la musique modale qu’il a travaillée avec des maîtres orientaux puis qu’il a associée aux répertoires de chants traditionnels bretons. Son obsession : mélanger les genres, faire se rejoindre musique populaire et savante, orale et écrite. Ce concerto de Vivaldi est représentatif de la musique savante du 18ème siècle. Cette œuvre est écrite, avec un système de notation pour instruments monodiques. De cette conception de la musique, exit la polyphonie, la musique orale et la musique modale.

En choisissant cette référence musicale connue, je fais le pari de lui donner une autre identité, plus métissée, plus orale qu’écrite, correspondant davantage au 21ème siècle. Et puis cette cinquième académie a comme dominante les cordes frottées comme dans Les Quatre Saisons : quatre violons, deux violoncelles, une contrebasse, une gadulka, une vielle à roue, auxquelles s’ajoutent des percussions et deux voix. Quatre saisons, c’est aussi le temps minimum qu’il me faudrait pour mieux connaitre les musiciens et faire un film qui ait une unité temporelle.

 Où en êtes-vous dans le développement du projet ? Quelles sont les prochaines échéances ? Avez-vous trouvé une production ?

 Actuellement, je suis en phase d’écriture et de repérages. Je teste notamment un dispositif de prise de sons car je veux avoir un rendu sonore propre et original. Je fais des repérages dans chaque lieu où les musiciens sont amenés à vivre, travailler et répéter ensemble. Je vis et je travaille avec eux, je m’imprègne de leur musique, nous faisons connaissance. C’est une étape très importante du projet qui nécessite du temps et engendre déjà quelques coûts. C’est pourquoi j’ai décidé de faire appel à la communauté pour m’aider au démarrage. Grâce au soutien de plusieurs festivals bretons, j’ai lancé un appel à contribution via le site de financement participatif Ulule pour les personnes qui souhaiteraient investir une petite somme dans le projet en échange de places de concerts et de CDs.

Au moment où je découvrais cette académie, je rencontrais aussi un jeune producteur rennais Thomas Guentch de 5J productions. Il a la particularité d’accompagner des visions d’auteurs peu communes. J’avais reçu dans ma boite aux lettres un des premiers films qu’il a produit, un court-métrage de Jonathan Millet Old Love Desert, tourné dans le désert marocain. Une histoire d’amour en fin de vie, interprétée par Micha Lescot et Alice Butaud, filmée en pellicule par cinquante degrés au soleil. Les images sont magnifiques et les répliques théâtrales. Les producteurs qui s’engagent sur ce genre de projet, il y en a peu ! Il n’a pas trainé aussi pour me dire qu’il serait intéressé pour suivre mon projet. Nous espérons lancer la production du film pour la fin de l’année 2014.

Propos recueillis par Dominique Dupeyron | akhaba.com

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