L’Haïdouti Orkestar en tournée 2012

entretien

L’Haïdouti Orkestar en tournée 2012

Lancée début mars 2012 à la suite de la sortie de son nouvel album, Dogu, la tournée de l’une des plus actives et créatrices fanfares inspirées par les musiques balkaniques, anatoliennes, arabes, passe le vendredi 25 mai par le New Morning parisien, la salle la plus prestigieuse de jazz en France. En effet, dans le brassage ébouriffant du Haïdouti Orkestar, il y a également du jazz, presque à tous les étages.

Quand il ne s’agit pas de jouer directement la note bleue, le groupe en développe l’attitude, l’esprit : l’improvisation mêlée à la rigueur, l’ouverture alliée à l’exigence, la liberté sans la dispersion. En s’affinant au fil du temps l’orchestre francilien d’accordéon, tapan, derbouka, batterie, saxophone, kaval, trompette, tuba, soubassophone, réussit cette philosophie du festif et de la curiosité. Un parcours en fait très lié à celui du fondateur du groupe, le percussionniste Sylvain Dupuis, comme il nous le raconte.

Vous avez commencé comment dans les musiques turques, balkaniques ?

En fait, je suis dans la musique depuis mes 12-15 ans, dans la scène alternative. Mais cela a vraiment commencé pour moi vers 1999 avec Rafik et les Dupui’z, un groupe algéro-franco-yougoslave où il y avait déjà l’esprit fanfare, funk. Mais, c’est à la suite de ma rencontre avec le violoniste Nedim Nalbantoglu que je me suis davantage intéressé aux musiques balkaniques, turques.

Nedim m’a fait connaître les milieux turcs de Paris. A l’époque, il travaillait déjà aussi bien avec les musiciens turcs que français. C’est ainsi que j’ai eu l’idée d’une fanfare balkanique pour faire connaître les musiques turques et plus largement issues de l’empire ottoman. La fanfare est une entrée en matière populaire et festive.

Quel est votre parcours personnel ?

 Personnellement, je suis d’une famille communiste avec une grand-mère juive oranaise qui est venue en Alsace pour devenir  catholique face à l’occupation nazie. Autrement, j’ai un une maîtrise d’ethnomusicologie obtenue à l’université de Nanterre. Je suis féru d’échanges culturels, de voyages, d’intérêt pour les traditions musicales.

C’est ainsi que j’ai visité la Turquie, l’Irak entre les deux guerres du Golfe, les pays balkaniques du Sud, comme la Bulgarie, la Macédoine où l’on parle le turc mélangé à la langue locale, et découvert des esthétiques musicales différentes.

J’avais l’avantage d’avoir des clés théoriques et pratiques pour les comprendre. A Paris, j’ai rencontré grâce à Nedim notre chanteur et joueur de saz turc Zéki Çölaş qui parle aussi arabe parce qu’il est d’Antioche, près de la frontière syrienne. J’ai réussi à réunir des artistes pour former le Haïdouti Orkestar en 2004.

En ayant un pied dans les milieux balkaniques et l’autre dans la scène française, je les ai rassemblés. C’était un vrai challenge, une difficulté parce qu’il fallait du temps pour réunir des artistes de différents univers musicaux. D’ailleurs, c’est ainsi que j’ai rencontré aussi le chanteur breton Erik Marchand.

Comment votre groupe est perçu aujourd’hui ?

Maintenant, les festivals turcs nous appellent parce qu’ils s’intéressent aux musiques balkaniques et il n’y avait pas de culture de fanfare en Turquie. Nous faisons un travail de cimentation entre les cultures quand on sait, par exemple, que les tsiganes n’ont pas tous le même passé selon les pays où ils vivent.

D’ailleurs, je me suis fait taper sur les doigts par l’église orthodoxe et les Slaves pour cela. Notre groupe devient actuellement différent des autres parce que nous mélangeons la musique tsigane avec le jazz, le reggae, les mélodies syriennes, libanaises. Notre but est de décloisonner les cultures.

Par Bouziane Daoudi| akhaba.com | 2012-05-24

L'Haïdouti Orkestar "Gezelim", live au Cabaret Sauvage en 2010

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