Teranga Beat dénicheur de pépites

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Teranga Beat dénicheur de pépites

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Idrissa Diop en 1969

Ils pourraient être les enfants des producteurs européens pionniers de musiques africaines dans les années 1970. Ils constituent toute une génération de jeunes Occidentaux emportés par les rythmes urbains du continent noir. Ils se passionnent pour le son africain des années 1960-80. Ils sont exigeants pour produire de beaux objets aux visuels chiadés et remettre au goût du jour le vinyle.

Adamantios Kafetzis appartient à ce mouvement de nouveaux fondus de l’afrobeat, du highlife, de modernité éthiopienne, de rumba et salsa africaines, qui ont créé ces dernières années des labels aux Etats-Unis, en Allemagne, Hollande, Belgique, à Londres ou Paris pour dénicher des perles rares, relancer des groupes légendaires africains.

Natif d’Athènes en 1977, Adamantios est tombé amoureux de Dakar où il a créé son label Teranga Beat, producteur de CD et vinyles de qualité. Des produits réalisés avec soin, de vieux enregistrements nettoyés mais qui gardent ce grain caractéristique de leur époque, cet âge d’or et d’ingéniosité de la musique moderne africaine.

« Je collectionne des disques depuis mes dix ans, vinyles, cassettes, CD », raconte Adamantios qui a commencé par écouter du heavy metal. « Un genre qui marche bien en Grèce, dit-il. Jusqu’à ce fameux jour où des copains éthiopiens m’ont fait écouter de la musique de chez eux. C’était le choc, une révélation. Je découvrais une autre planète. J’allais dans les clubs africains d’Athènes fréquentés surtout par des Congolais, Tanzaniens, Ethiopiens, Camerounais ».

Dès la fin des années 1990, le nouveau converti se met à la recherche d'albums africains « difficiles à trouver en Grèce ». Il y avait un grand collectionneur de musique en Grèce dont la femme, à sa mort, avait mis en vente sa collection. « C’est ainsi que j’ai pu acheter par mal de disques africains et commencer à comprendre », dit Adamantios.

Né dans une famille classe moyenne où le grand-père chante en amateur des musiques des années 1940-50, le futur producteur suit des études aux Beaux-Arts et devient peintre, plutôt dessinateur et photographe, et a aujourd'hui à son actif des expos aussi bien en Grèce qu'à Paris. Une expertise qui lui permet de réaliser des pochettes de disque, des livrets distingués.

A l’heure où tout le monde joue au cost killer, tueur de coûts, Kafetzis, lui fabrique ses disques en Allemagne : « C’est plus cher mais la fabrication est d’une grande qualité technique », explique celui qui met les pieds pour la première fois en Afrique en 2003. « J’étais invité par un ami grec qui vit au Sénégal, relate Adamantios. J’aime les musiques sénégalaise et malienne. J’ai assisté pour la première fois à un concert de mbalax à Dakar. C’était magnifique. J’ai été sur le site de vente e-bay et trouvé que les gens vendaient les albums africains trop cher, mais j’ai découvert ainsi un grand intérêt pour les musiques africaines des années 1960-80 ».

Tout se joue en 2009, quand Kafetzis décide de revenir au Sénégal pour y acheter de vieilles bandes, d’anciens disques. « Ça prend beaucoup de temps de chercher le bon son, quelque chose qui ait un bon cachet. Mais, j’ai trouvé la motivation pour créer un label. J’ai lancé Teranga Beat en janvier 2010 avec mes économies et l’aide de ma famille », raconte Adamantios qui commence par travailler avec un pionnier de la nouvelle scène urbaine sénégalaise, Idrissa Diop, et les membres restants de Sahel, sa deuxième formation après celle des Alligators.

Groupe historique et mythique en seulement trois ans d’existence, de 1974 à 1977, le Sahel était au centre d’un nouveau mouvement féru de salsa, rhythm’n’blues, soul, qui bouleversa la musique ouest-africaine. « J’ai sorti le disque d’Idrissa en septembre 2010. Pour moi, c’est aussi l’idée de faire tourner le groupe avec le son des années 1970, avec ses guitares psychédéliques », explique Adamantios.

Il est aujourd'hui producteur d'albums de musique sénégalaise et aussi gambienne avec Guelewar, le groupe du griot à la voix extatique, Moussa N’Gom, et Karatamba, formation hallucinante menée par une autre légende de Gambie, le guitariste Bai Janha. Quand on demande à Adamantios si son travail patient et minitieux lui rapporte. Il répond : « Je ne gagne pas d’argent et n’en perds pas non plus, mais il y a un public international qui s’élargit de plus en plus pour ce genre de musique et de son ».

Par Bouziane Daoudi | akhaba.com | 2012-04-24

Sahel en concert au Must Lounge Bar de Dakar, le 3 juin 2011

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