Le Festival d’Ile de France souffle ses 40 bougies

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Le Festival d’Ile de France souffle ses 40 bougies

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Olivier Delsalle © Youri Lenquette

Comme chaque année, le Festival d’Ile de France revient avec une programmation foisonnante : 33 concerts dans 29 lieux, se déroulant pour la plupart dans de remarquables bâtisses du patrimoine. Des concerts mais aussi des bals, des conférences, des débats, des master class, des visites et des randonnées rythmeront pendant plus d’un mois, du 3 septembre au 9 octobre, l’espace francilien.

Olivier Delsalle, directeur et programmateur du festival, lève le voile sur l’esprit de cette édition. Sans évoquer tous les concerts, le focus est mis sur différentes thématiques, dont certaines ont fait l'histoire du festival. Habib Achour, conseiller aux musiques actuelles, évoquera de son côté quelques belles venues d'artistes invités à se produire à ce qui est devenu, au fil des ans, l'événement culturel majeur de début de saison en Ile de France.

Olivier Delsalle : "Nous fêtons cette année les quarante ans du festival. Cet anniversaire donne l’occasion de nous replonger dans ce qui fonde l’identité du festival, son ADN propre. Du coup, la programmation est un peu différente de celle des années précédentes. Nous ne sommes pas sur une thématique unique, fédérant l’ensemble des concerts, mais plutôt sur une édition festive. Ainsi, toutes les semaines, des bals auront lieu, ce qui nous permettra de célébrer cet anniversaire par des fêtes et des danses avec des esthétiques très différentes. Un bal italien, Le Bal Rital, animé par la formation Télamuré, jouera la tarentelle et les musiques à danser traditionnelles de leurs Pouilles natales tandis qu’un bal avec le groupe Le Vent du Nord, dans l'esprit des veillées de danse, représentera le renouveau du folk au Québec.

Il y aura aussi L’Ultra Bal, un projet métissé de l’accordéoniste Fixi réunissant professionnels et amateurs, et enfin le Bal de l'Afrique Enchantée, avec son fameux « orchestre de musiques à transpirer » et ses invités surprise. Des ateliers pour apprendre les danses seront mis en place, et ce grâce au tissu d'associations et d'écoles de musiques participant à l'événement. On dansera aussi beaucoup lors de la soirée Trans’Afrique avec le collectif de Kinshasa Konono N°1, les rois du système D en matière de musique, qui rencontrera le DJ luso-angolais Batida. Sans oublier le souffle afro-beat puissant des Afrorockerz qui ouvriront la soirée.

A l'intérieur de cette édition, on pourra vivre des moments que j'ai appelés diptyques : plusieurs thèmes seront abordés sous différents angles avec différents répertoires. L’identité du festival réside principalement dans le fait de décloisonner, de faire se répondre des répertoires populaires, classiques occidentaux et extra-occidentaux. Nous avons donc rappelé des thèmes qui ont marqué l'histoire du festival et cinq diptyques accompagneront nos week-ends.

Un diptyque lusophone présentera tout d'abord, en ouverture du festival, António Zambujo et Carminho, deux figures de la nouvelle scène du fado au Portugal qui chanteront Chico Buarque de Hollanda, un monstre sacré de la culture brésilienne. Puis ce sera la journée au domaine de Villarceaux où se produiront cinquante artistes de São Paulo, ville phare du son urbain actuel au Brésil.

Un diptyque va se décliner sur le thème de la Convivencia, cette époque un peu mythifiée d'une Andalousie heureuse où le dialogue inter religieux entre musulmans, juifs et chrétiens avait lieu, avec tous les échanges culturels que ce dialogue permettait. Ce thème, très fort dans l'histoire du festival, sera célébré par la chanteuse et luthiste algérienne Beihdja Rahal, accompagnée de l'ensemble espagnol La Grande Chapelle, lors du concert Splendeurs de Grenade et par les chanteuses Patrizia Bovi, Fadia Tomb El-Hage et Françoise Atlan pour un autre concert intitulé Voix sacrées, un dieu, trois religions. Le Festival d’Ile de France a toujours eu une dimension spirituelle, œcuménique et humaniste. 

Des week-ends autour de la Bohême et de l'Europe Centrale, sur la ville du Caire et un diptyque Garcia Lorca sont aussi programmés. Ces rendez-vous hebdomadaires vont marquer et structurer cette édition. Lors du diptyque consacré à Federico Garcia Lorca, la jeunesse, par le biais de collèges et de lycées, est partie prenante. L'ensemble marseillais de musique contemporaine C Barré a effectué une résidence d'une année au collège Pierre Brossolette de Bondy pour monter les œuvres des compositeurs Frédéric Pattar et George Crumb sur le grand poète et écrivain espagnol, avec la participation d'une chorale de collégiens et la mise en place d'un opéra déambulatoire (El Nino) par les élèves eux-mêmes. Concernant Lorca, l'autre partie du diptyque qui lui est consacré donnera lieu à un concert interprété par deux natifs de Huelva, au sud de l'Andalousie, Rocío Márquez et Arcángel, voix marquantes du flamenco d'aujourd'hui.

En ce qui concerne Le Caire, nous voulions nous replonger dans la capitale égyptienne des années 40 à 60, un Caire des lumières pour une partie de la population, à une époque où la place de la femme était très importante dans le monde des arts, de la culture ou de la presse. Le répertoire des grandes voix de la chanson égyptienne sera interprété par la chanteuse et comédienne libanaise Jahida Webe, un ensemble instrumental dirigé par Elie Maalouf et le chœur Attourath d’Abderrahman Kazzoul. Des allers-retours Egypte-Liban ont toujours eu lieu dans le monde des arts. Le deuxième temps de ce diptyque, c'est la soirée Passage du Caire avec des artistes de la scène underground actuelle de la région : Tamer Abu Ghazaleh (Palestine), Zeid Hamdan – ex Soapkills – (Beyrouth) et Maryam Saleh (Le Caire). On retrouvera des artistes de Beyrouth lors d'une soirée à La Cigale avec le pianiste Bachar Mar-Khalifé et le groupe Mashrou’Leila.

Habib Achour : Mashrou’Leila est aujourd’hui la formation iconique de Beyrouth, du Liban, voire du Moyen Orient, voire du monde arabe. C’est le groupe qui a véritablement marqué ces cinq dernières années parce qu’il joue un rock à la fois intense et mélodique, très original, ancré dans son territoire, mais avec des qualités de production et d’enregistrement du niveau d’un grand groupe anglo-saxon. Un son nouveau et enrichissant qui s’oppose aux clichés sur les fusions rock dans la world music. Bachar Mar-Khalifé a lui une approche à la fois plus pop et plus avant-garde. Bachar est un grand pianiste. Il est venu au chant sur le tard mais ses chansons électro-acoustiques, modernes et insolites, ont tout de suite séduit un large public urbain et sophistiqué, plutôt européen que libanais d’ailleurs.

Je voudrais en profiter pour attirer l’attention sur la soirée Nordic Vibes qui aura lieu à la Gaîté Lyrique le 6 octobre, avec notamment la saxophoniste norvégienne Mette Henriette, un des grands talents de la toute jeune scène des musiques improvisées européennes. Elle a réalisé récemment un double album somptueux sur le label ECM, feutré, fragile et onirique, marqué par ses origines Sami. Ce peuple de l'extrême nord de la Norvège a une culture spirituelle et une tradition orale très fortes, qui s’expriment notamment dans la pratique des contes. Mette s'inspire de ces contes traditionnels. Elle est magique.

Olivier Delsalle : Un temps fort de cette édition anniversaire, c’est la création Dong Seo Le Voyage en Orient commandée à l’accordéoniste niçois Vincent Peirani. Très inspiré, Vincent a une démarche transversale dans son univers musical. Cela fait longtemps que je souhaitais l'inviter au festival. Nous nous sommes rencontrés l'an dernier en nous apercevant que nous avions un intérêt commun fort pour l'Asie. Il y a eu cette idée d'une carte blanche avec pour fil conducteur un voyage imaginaire en Asie par ses compositions, les musiques traditionnelles… Nous nous sommes demandé avec qui nous pouvions nous associer pour ce concert et nous sommes tombés sur cette joueuse de geomungo étonnante. La coréenne Heo Youn-Jeong est représentante d'une scène locale hyper dynamique où des instruments pluri centenaires venant tout d'abord des traditions populaires, puis des musiques de cour, arrivent maintenant sur la scène des musiques improvisées et du jazz. Deux grandes scènes accueilleront cette création, la Maison des Arts de Créteil et le Théâtre des Bouffes du Nord."

Les musiques du monde présentées au Festival d'Ile de France sont à l'image de toute la programmation : des musiques qui résonnent avec le monde contemporain, interprétées par des artistes cherchant à donner à leur travail une autre dimension que celle du simple divertissement. L'accès aisé au numérique, aux nouvelles technologies traitant le domaine du son, aux expressions musicales présentes sur toute la planète, permet à certains d’entre eux de multiplier les rencontres tout en donnant du sens à leur démarche.​ Olivier Delsalle et Habib Achour, tout en faisant preuve d’un grand éclectisme en termes esthétiques, reprenant la signature du festival, font par leurs choix éclairés œuvre d'une belle cohérence. ​

Propos recueillis par Pierre Cuny | akhaba.com

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