Alif Ensemble

entretien

Alif Ensemble

description: 

 

 


Photos Pauline Burguin

Brest-Beyrouth : 3666 kms. A la pointe occidentale de l’Europe, les lucioles de la beyrouthine Yalda Younes ont éclairé la ville-port durant une semaine, du 17 au 22 mars 2014. Invitée par la scène nationale Le Quartz, dans le cadre du festival Dañsfabrik, la danseuse de flamenco a concocté une programmation dédiée à la scène libanaise, avec une vingtaine d’artistes. Parmi les découvertes, l’ensemble Alif, une jeune formation de musiciens arabes. Fusion des sonorités traditionnelles et contemporaines, rock sombre et psychédélique, Alif Ensemble chante le désenchantement du monde. Rencontre d’après concert dans une ambiance joyeuse et festive.

Comment avez-vous trouvé la connexion avec le public brestois ?

Chaleureuse ! Mais je crois qu’il voulait danser, et nous n’avons pas répondu à cette attente. D’une manière générale, à Brest, les contacts sont très positifs.

Pourquoi avoir choisi d’appeler votre formation par la première lettre de l’alphabet  arabe, Alif ?

Nous utilisons cette lettre comme un symbole.  Nous avons tous un parcours musical déjà accompli, mais ce serait trop facile de faire ce que nous savons déjà faire. Nous ne voulons pas jouer ce que nous jouons chacun de notre côté depuis plusieurs années. On ne veut pas porter le poids de l’habitude, de la tradition, mais allez de l’avant, vers du nouveau. Et dans un sens, c’est ce que signifie cette lettre.

Khyam Allami, tu es irakien ; Tamer Abu Ghazaleh, tu es palestinien ; Maurice Louca, égyptien ; Bashar Farran et Khaled Yassine, libanais. Suite à vos résidences en Angleterre et au Danemark, on vous a défini comme un groupe panarabe. Peut-on y voir aussi une tentative de définir votre musique ? Et qu’est-ce que serait une musique panarabe ?

C’est un concept politique mais qui n’a pas de sens pour nous. Nous nous sommes rencontrés pour le plaisir de la musique et avons choisi d’évoluer ensemble. Cela n’a pas de rapport avec le fait que nous soyons de plusieurs pays arabes. Nous n’avons pas eu la volonté délibérée de nous réunir parce que l’un est irakien, l’autre palestinien… Nous avons tous un passé musical différent, traditionnel, moderne, contemporain, chacun séparément.  Notre rencontre est l’occasion de travailler sur des choses nouvelles et surtout de prendre du plaisir.

Les textes de vos chansons sont inspirés de poèmes d’auteurs arabes, comme Mahmoud Darwich. Pouvez-vous nous éclairer sur leur sens ?

Nous travaillons avec les textes de poètes de la génération qui nous précède. C’est une langue formelle autant poétiquement que politiquement. D’une certaine façon, cela montre la façon dont les questions politiques et sociales traversent le monde arabe, de façon dramatique le plus souvent. Nous nous sommes rapidement demandés si nous voulions rester coller à des textes très formels ou bien si nous ne voulions pas expérimenter autre chose.  Nous avons des chansons d’un deuxième type qui correspond davantage à notre génération et à notre expérience. Ces chansons mélangent tous nos dialectes incluant l’irakien, le palestinien, le jordanien. Les nouvelles chansons ont quelque chose de plus étrange, plus psychédélique. Elles sont plus proches de la vie de tous les jours et de ce qui nous est familier. Elles sont vraiment relatives à nous, à notre façon de percevoir les choses.

Cette année le festival Dansfabrik s’est tourné vers Beyrouth. Aujourd’hui, est-ce une ville  carrefour pour les artistes du monde arabe comme le fut le Caire ?

Les deux le sont. C’est juste plus cher de créer à Beyrouth. Les deux villes évoluent en parallèle. La différence, c’est qu’à Beyrouth tout est proche et concentré alors qu’au Caire, c’est très étendu, il y a plus de gens, cela prend du temps de se déplacer d’un endroit à l’autre. Mais je pense que les deux sont actives. Il a aussi des ambiances et des vibrations différentes. Comme lorsque nous sommes allés à Copenhague. Nous avons constaté que selon les villes où nous sommes en résidence, les rendements sont différents. Nous cherchons toujours l’endroit idéal pour nous. Nous pouvons probablement créer partout mais le rendement est différent. Cette question est très philosophique et nécessiterait un livre. En tout cas, ce groupe est drôle car il évolue très rapidement. Souvent, je le regarde avancer et j’essaye de voir où il va. Et j’ai envie en dire : attendez, attendez, attendez ! Probablement, tout ce processus est inconscient.

J’ai entendu parler d’un CD. Quels sont vos plans pour les mois à venir ?

Ça arrive, ça arrive ! Logistiquement c’est compliqué puisque nous venons d’endroits différents. Tout est enregistré depuis décembre. Mais nous évitons de nous mettre trop de limites de temps par exemple. Nous souhaitons que le travail soit le meilleur possible et que tout le groupe soit engagé dans le processus. Et puis c’est un album autoproduit, on travaille beaucoup. Ce qui est formidable, c’est que beaucoup de gens nous soutiennent et nous aident notamment à Beyrouth. Nous sommes chanceux, d’une certaine façon. Notre communauté d’amis est vraiment géniale et nous donne beaucoup d’énergies. Nous pensons que le CD sera prêt à être diffusé en France vers septembre 2014.

Yalda Younes, présente durant la rencontre, a souhaité la conclure :

Dans les villes dans lesquelles nous vivons, il y a des choses très dramatiques, mais aussi très drôles. Eux ne se positionnent pas en tant que victimes. Il y a tellement de couches dans leur musique. Elle est véritablement poétique, car elle explore toutes ces couches. Et c’est ce qui fait de ce groupe un groupe véritablement unique. 

Propos recueillis par Pauline Burguin | akhaba.com | 2014-04-03

Alif Ensemble - Première en France : video réalisée par Pauline Burguin

albums relatifs