Buena Vista Social Club, la fin du papy-boom

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Buena Vista Social Club, la fin du papy-boom

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Buena Vista Social Club © World Circuit

Dix-huit ans déjà que le Buena Vista Social Club a surgi dans le paysage musical mondial. Une longévité remarquable pour un collectif qui comptait dans ses rangs une belle brochette de septuagénaires, voire octogénaires. Bien sûr, la plupart ont lâché la rampe au fil du temps, après avoir revécu leurs années folles, humé de nouveau le doux parfum du succès et jeté leurs derniers feux. 

En 1997, la sortie du premier opus de l’Afro-Cuban All-Stars faisait l’effet d’une bombe dans le cercle très restreint des amateurs de musiques cubaines. Ce n’était que le premier étage de la fusée, bien lancée par Juan de Marcos González. Responsable du recrutement des vieilles gloires encore en état de sévir, il avait réussi, en marge du projet initial, à constituer ce big band anachronique. Pío Leyva, Ibrahim Ferrer, Raúl Planas et Puntillita, y étaient secondés par des presque jeunes comme Félix Baloy et Maceíto, le regretté chanteur du groupe Sierra Maestra.

Quelques semaines plus tard, le « vrai » Buena Vista Social Club  s’installait à son tour dans les bacs des disquaires, encore nombreux à l’époque. Nouveau frisson chez les aficionados mais peut-être un ton en dessous. C’est le grand public que les producteurs visaient et c’est le grand public qui fut touché par le charme des papys chantants. C’était aussi, à la suite de la timide ouverture touristique et économique, la première fenêtre ouverte sur cette île trop longtemps recroquevillée sur elle-même. Le monde retrouvait par miracle une carte postale jaunie dans le grenier de l’inconscient collectif, celui qui nous représente le passé comme un havre de paix où l’on ne connaît ni le stress, ni la dureté des temps modernes.

Image fausse bien sûr, mais si séduisante qu’on s’y laissait prendre avec délice. Sous Batista la vie était aussi dure pour les « macheteros » coupeurs de canne que pour les musiciens qui flambaient les quelques pesos gagnés lors de marathons nocturnes en moins de temps qu’il ne faut pour déguster un havane. La plupart de ceux qui n’ont pas été repêchés par Nick Gold et consorts sont morts dans la misère. Et puis cette musique remise au goût des oreilles occidentales avait bel et bien disparu du panorama cubain, gagné par la fureur de la timba, plus apte à décrire la nouvelle réalité de la « période spéciale » inventée par Fidel.

La longue série de concerts allait commencer pour la France le 24 avril 1997, dans un Bataclan bien rempli pour « l’Afro-Cuban », alors que Rubén González ne rameuterait qu’une trentaine de spectateurs au Divan du Monde, trois semaines plus tard ! Mais qu’importe, la machine était en route. Dès le mois de septembre il fallait jouer des coudes pour le voir au New Morning. Entre temps, son album solo, troisième opus issu des sessions de mars 1996, avait fait son bonhomme de chemin.

Même les Etats-Unis accueilleraient ces supposés espions d’un bloc soviétique qui avait pourtant explosé quelques années plus tôt (ce statut de terroristes potentiels allait leur interdire la cérémonie de remise de leur Grammy Award). Wim Wenders en profitait pour filmer la troupe – au Carnegie Hall, entre autres – donnant un formidable coup d’accélérateur à ce qui était en passe de devenir le phénomène du tournant du siècle.

Sur le plan discographique, la trilogie originelle (Afro-Cuban All-Stars, Buena Vista Social Club, Rubén González) s’est rapidement déclinée en albums solos de ses membres éminents : Ibrahim Ferrer, Omara Portuondo, Cachaíto, Guajiro Mirabal… puis un album live enregistré en 1998 au Carnegie Hall de New York et sorti dix ans plus tard. Enfin, tout récemment, Lost and Found (World Circuit, 2015) réunit son lot de pépites, morceaux inédits en studio ou extraits de concerts de la grande époque. La descarga Black Chicken 37, avec Cachaíto et Angá Díaz, Tiene sabor, un classique de la Orquesta Sensación interprété par Omara, Bodas de oro et Mami me gustó sont à écouter de toute urgence.

Des membres originaux il ne reste que Barbarito Torres (laud), el Guajiro Mirabal (trompette), Eliades Ochoa (guitare, tres), malheureusement souffrant depuis quelques années, et l’immense Omara Portuondo, 84 ans. Cette dernière nous a démontré, pas plus tard qu’en novembre pour la sortie de l’album Magia Negra (World Village, 2014), que si la démarche n’est plus aussi assurée, la voix demeure intacte.

Les nouveaux comparses se nomment Filiberto Sánchez aux timbales (Algo Nuevo, Estrellas de Areito), Papi Oviedo au tres (Estrellas de Chocolate, Orquesta Revé), des costauds qui ont déjà de la bouteille. Quant à Rolando Luna, nous pourrions bien revoir ce jeune pianiste jazz à la tête de son quartette dans les années qui viennent. Pour la partie vocale Omara sera épaulée par le sonero Carlos Calunga (Klimax, Manolito Simonet) et Idiana Valdés.

Le concert à l’Olympia du 2 avril a fait salle comble. Ce supplément, dimanche à 18h00, même lieu, est certainement une dernière chance donnée aux parisiens de se plonger dans l’âge d’or de la musique cubaine avant quelques dates dans les festivals d’été et une ultime représentation prévue à La Havane. 

Par Didier Ferrand | akhaba.com

Paris, 3 mai 2015, Olympia
Arles, 16 juillet 2015, Théâtre Antique
Marciac, 28 juillet 2015, Jazz à Marciac

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