Juan de Marcos illumine le New Morning

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Juan de Marcos illumine le New Morning

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Juan de Marcos © JoA

Juan de Marcos González aurait pu se contenter de diriger le groupe Sierra Maestra pendant des lustres, le succès étant au rendez-vous. A Cuba d’abord, où la jeune formation remporte trois ans de suite le concours de la télévision des meilleurs soneros, au nez et à la barbe des orchestres professionnels. A l’international ensuite, avec pour point culminant le CD-hommage à Arsenio Rodríguez, Dundunbanza (World Circuit, 1996).

Mais, cette même année, Nick Gold lui demande de mettre sur pied un ensemble réunissant les vieilles gloires de la musique cubaine pour le projet Buena Vista Social Club (BVSC). Dans le même temps il forme l’Afro-Cuban All-Stars (ACAS). Alors que le BVSC est un projet plutôt informel, qui met l’accent sur les cordes pincés – guitare, tres, laúd –, ACAS est résolument tourné vers le style des big bands des années cinquante.

Les deux projets se côtoient donc dans les studios Areito de la rue San Miguel, Centro Habana, mais c’est A toda Cuba le gusta (World Circuit, 1997), le CD de l’ACAS, qui sort le premier, faisant l’effet d’une bombe dans le (très) petit monde des amateurs de l’époque. Voir ressusciter les idoles oubliées dans une production de qualité – prise de son, notes, crédits, photos – relevait jusqu’alors du fantasme. Pío Leyva, Richard Egües (flûtiste légendaire de l’Aragón), Puntillita, Rubén González, Raúl Planas, Ibrahim Ferrer… ils étaient tous là ! Les perdus de vue, les sporadiques, les pseudo-retraités, les laissés pour compte, voire les laissés pour morts.

Après le succès mondial de l’ACAS, qui remplit le Bataclan en avril 1997, et surtout du BVSC, l’ensemble de la musique traditionnelle cubaine est tiré vers le haut. Et Juan de Marcos de poursuivre son chemin, incorporant de plus en plus de jeunes talents. Le pianiste David Alfaro remplace Rubén González dès la deuxième livraison (Distinto y diferente, World Circuit, 1999). En 2005, tout en lançant son propre label, il tourne définitivement la page. Aucune figure des années 50, à peine deux ou trois vétérans, dont Polo Tamayo, l’ex-flûtiste de l’explosive charanga Ritmo Oriental.

Le chemin s’ouvre alors à toute une nouvelle génération, celle des « Jojazz », ces jeunes lauréats du concours havanais des jazzmen en tout début de carrière, tels Tamara Castañeda (vibraphone), Juan Carlos Marín (trombone) ou Carlos Sarduy (trompette). Et, pour bien enfoncer le clou, un répertoire pour l’essentiel original, avec juste une reprise d’Arsenio Rodríguez et un double clin d’œil à la France : une contredanse (cubanisée) et une version de On the road again par Bernard Lavilliers lui-même. Quelques morceaux timba donnent toute sa justification au titre de l’album, Step forward (DM Ahora !, 2005).

La grande force de Juan d’Marcos c’est d’être capable d’aborder toutes les facettes de la musique cubaine. Depuis les danses de salon du 19e siècle, contradanza et danzón, jusqu'à la timba actuelle et le latin jazz, en passant par les chants afro, le mozambique des années soixante et bien sûr le son, la guaracha ou la guajira.

Après plusieurs années d'absence, il nous revient lundi 1er février au New Morning, pour la présentation de son dernier opus, Absolutely live II, enregistré au Mexique. Un programme sans faille qui nous réserve son lot de temps forts comme La mujer de Bárbaro ou Tumba y bongó du père de la salsa décidemment omniprésent, Arsenio Rodríguez.

Aujourd’hui le « All Stars » a perdu ses étoiles qui ont rejoint un monde meilleur. Il n’est même plus tout à fait un vrai big band puisque la section des cuivres ne compte que trois trompettes, musclées il est vrai. En contrepoint, le surprenant vibraphone et la non moins incongrue clarinette basse de ses filles Gliceria et Laura Lydia, respectivement, arrondissent les angles et transfigurent la formation.

Celui qu’on surnomme le Quincy Jones de la musique cubaine pour ses qualités de producteur et sa capacité à peaufiner ses projets, n’a pas fini de nous étonner.

Par Didier Ferrand | akhaba.com

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