La Méditerranée en fête dans les Villes des musiques du monde

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La Méditerranée en fête dans les Villes des musiques du monde

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Dorsaf Hamdani © Catherine de Clippel

On la compare souvent à sa prestigieuse aînée et compatriote, Oulaya (1936-1990), pour la tessiture exceptionnelle de sa voix, son adaptation aisée aux différents styles savants arabes, Dorsaf Hamdani, trente-six ans, est actuellement la figure de proue de la nouvelle génération de chanteurs tunisiens de musiques classiques orientales.

Elle passe avec une facilité déroutante du malouf, nom de l’art arabo-andalou en Tunisie, Lybie et dans l’Est algérien, au maqam né sur les rives de l’Euphrate en passant par la grande musique du Caire personnifiée par Oum Kalsoum (1898 ou 1904-1975). Toute nouvelle chanteuse du monde arabe s’essaye aux kalsoumiyete, le répertoire interprété par l’Astre de l’Orient. Dorsaf y excelle.

Elle a obtenu sa première récompense dans un festival réputé d’Amman, Jordanie, à vingt ans. Dorsaf vient présenter son savoir-faire le samedi 29 octobre, sur la scène du Théâtre de la Commune d’Aubervilliers, dans le cadre de la 12e édition du festival des Villes des musiques du monde. Son chant est méditatif, mue en spleen ou entre en transe. Souvent accompagnée sobrement par un oud, une derbouka, un violon, Dorsaf chante la contemplation amoureuse, le chagrin et le bonheur, et aussi la liturgie soufie.

Un art étayé par ses années d’études musicologiques à Tunis, puis à Paris, et où elle réussit à allier sa maîtrise technique vocale à la sensibilité de ses émotions. Des sentiments nourris par le souvenir de l’âge d’or arabe dont elle sait renouveler les chants classiques tout en reprenant les grandes voix contemporaines, les stars de la musique du Caire, la mythique Syrienne Asmahan (1917-1944) et Warda El Djazaïria (l’Algérienne), Fairouz ou Oulaya.

On retrouvera Dorsaf Hamdani en troisième partie de la soirée, au cœur de Melos, une création prometteuse qu’elle enrichit cette fois de son seul malouf flamboyant, aux côtés du chanteur de flamenco nouvelle génération El Kiki et de celui de quelques traditions helléniques, Drossos Koutsokostas. Une rencontre de ces trois cultures conçue et dirigée par le percussionniste franco-iranien Keyvan Chemirani.

Entre zarb, violon, guitare, qanun, oud, saz ou son cousin le bulgari, Melos, signifiant en grec division, réunion, dit en fait tout le destin de la Méditerranée qui sépare et rassemble ses divers peuples : la musique grecque est une puissante racine de la mélodie arabe qui, à son tour, inspire le flamenco. Soutenu par la Commission européenne, le concert sera retransmis le 9 novembre sur France Musique dès 22h30 dans Couleurs du monde de Françoise Degeorges, une des rares émissions sur les musiques du monde consenties par le service public où l’on parle tant dans les débats de la « diversité » pour en faire le moins dans... les faits.

Sur la scène albertivillarienne, Melos est précédé par l’orchestre El Mawsilia, une association de Saint-Denis qui forme depuis vingt ans exactement des générations de jeunes interprètes aux subtilités des noubas de la musique arabo-andalouse. Elle a pris le nom d’une école aînée de prestige, El Mossilia, née en 1932 à Alger, toujours en activité et d’où vient Farid Bensarsa qui y fut un maître réputé et assure aujourd’hui la direction artistique de la Mawsilia dionysienne.

D’ailleurs, les deux associations sont un hommage à Ishaq al-Mawsili (767-850), maître de musique à la cour de Bagdad qui, dévoré par la jalousie, avait menacé de prison ou de mort sont élève surdoué, Ziryab (789-857), lequel, arrivé dès 822 à Cordoue, jeta les bases de la future musique arabo-andalouse. C’est comme la rivalité mythique à Vienne entre Salieri (1750-1825) et Mozart (756-791), mais mille ans avant.

Par Bouziane Daoudi | akhaba.com | 2011-10-28

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