Omara Portuondo : le dernier baiser de la diva

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Omara Portuondo : le dernier baiser de la diva

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Photo Johann Sauty

Certains sont brefs, furtifs, d’autres langoureux, interminables, passionnés, éternels… Le baiser que va nous offrir Omara Portuondo, ce vendredi 30 août 2019 à la Philharmonie de Paris, risque bien d’être long et passionné. Mais sera-t-il vraiment le dernier ?

Rappelons-nous la formation qui l’a fait connaître au-delà du cercle des aficionados latinos, le Buena Vista Social Club. En mai 2015 sa tournée d’adieux passait par l’Olympia. Et puis, oh surprise ! nous retrouvions pratiquement les mêmes protagonistes en janvier 2018, avec Omara, Barbarito Torres, Rolando Luna et Elíades Ochoa, au festival Jazz Plaza de La Havane. S’ensuivirent quelques dates en Amérique latine.

Cela semblait ne jamais devoir finir, faisant de plus en plus penser à un vieux satellite oublié dans l’atmosphère qui continue de tourner après avoir terminé de rendre ses fiers et loyaux services. Le satellite en question aurait finalement bel et bien cessé d’émettre le 23 mai 2018 lors d’un concert en Equateur, non sans avoir laissé dans son sillage un avatar, Jesús Aguaje y su Buena Vista.

Comme en novembre 2014 à l’Alhambra et comme en janvier dernier, au festival Jazz Plaza, elle sera accompagnée par le quartette de Roberto Fonseca. La complicité entre ces deux-là est forte, elle perdure et elle est palpable. Fonseca ne déclarait-il pas que son rêve était de jouer avec la « Fiancée du feeling » ? Il ne se contente pas de l’avoir réalisé mais, ce qui est plus remarquable encore, il lui procure une continuité, une fidélité.

Omara n’a plus ses jambes de vingt ans. C’est donc le pianiste qui, après sa première partie, va la chercher en coulisse et l’aide à atteindre sa chaise près du piano. Mais, qu’on se le dise, la voix est intacte, toujours aussi claire, puissante, malgré le passage du temps. De classique en classique, la vieille dame s’échauffe et en vient alors à esquisser quelques pas de danse.

Le quartette est composé du fidèle Yandy Martinez à la basse, du petit préféré d’Omara, Andrés Coayo, aux percussions et de Ruly Herrera à la batterie. Ce dernier, qui alterne depuis quelques années avec Ramsés Rodríguez (« Mister Dynamite »), est le fruit merveilleux de l’accouplement du jazz rock de l’Elektric Band de Chick Corea avec les rythmes cubains. Son curriculum inclut les trovadores Polito Ibañez, Santiago Feliú, Kelvis Ochoa, Descemer Bueno, Ivette Cepeda, le saxophoniste César López (Habana Ensemble, Akokán) et le groupe Interactivo.

Le concert de la Philharmonie étant le point culminant de la tournée Ultimo beso, des invitées d’exception sont annoncées : la chanteuse Cap-verdienne Mayra Andrade et les stars de l’électro-hip hop-soul-cubain Naomi et Lisa-Kaindé Díaz, alias le duo Ibeyí (communément les Jumelles, même si dans la tradition yoruba ce sont de faux jumeaux, garçon et fille).

Reverrons-nous dans nos contrées la diva du Buena Vista Social Club après ce dernier baiser ? La question reste posée. On peut supposer qu’elle aura à cœur de présenter son petit dernier, un CD-hommage à Benny Moré avec Ethiel Faílde, en chef d’orchestre et à la flûte, et Alejandro Falcón aux arrangements (Siempre tu voz, Egrem, 2019), mais peut-être seulement sur les scènes locales.

Alors, oui, à 88 ans Omara Portuondo a bien mérité, et nos applaudissements, et une éternelle gratitude un peu en retrait de ce monde agité. Pour couronner cette carrière hors normes, le concert de la Philharmonie, dans le cadre du festival Jazz à la Villette 2019, est une opportunité exceptionnelle pour le public parisien.

Par Didier Ferrand | akhaba.com

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