Le Sahel de Dakar réchauffe la Chapelle des Lombards

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Le Sahel de Dakar réchauffe la Chapelle des Lombards

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Idrissa Diop, Cheikh Tidiane Tall, Thierno Koité © A. Diaw

New York, 1966. L’avocat Jerry Masucci et le flûtiste Johnny Pacheco fondent la compagnie de disques Fania. Comblant d’abord le vide créé par l’absence des orchestres cubains (avec la charanga de Pacheco lui-même), le label participe de la courte frénésie pour le boogaloo, puis forge peu à peu le son et le style new-yorkais, avec entre autres les trombones de Willie Colón.

Le mot « salsa » s’impose alors et les tentatives de « crossover » se multiplient. Pour cela une grosse machine est lancée, la Fania-All-Stars. Elle réunit les vedettes qui ont enrichi le catalogue au fil des ans : Celia Cruz, Ray Barretto, Cheo Feliciano, Ricardo Ray et Bobby Cruz, Larry Harlow et bien d’autres. Les prestations dans des boîtes latines ne suffisant pas, les promoteurs décident de frapper un grand coup en 1973 : investir le Yankee Stadium et inviter de surcroît quelques stars au statut international comme Manu Dibango, au faîte de la gloire outre atlantique avec son Soul Makossa, Jorge Santana (le frère de Carlos) et quelques jazz-rockers. La foule déborde les organisateurs, le concert est écourté mais reste immortalisé sur disques et dans le film Salsa. Il sera projeté dans de petites salles du quartier latin à Paris tandis que la Fania-All-Stars tournera au Japon et en Afrique.

Le continent noir – du moins sa partie occidentale et centrale –, qui accueillait déjà les groupes de l’île aux cigares au gré des relations intergouvernementales, s’entiche du nouveau courant.

Dakar, 1975. L’orchestre du club Le Sahel de Dakar enregistre son premier opus de sept titres. Le club lui-même avait ouvert en 1972 et avait bataillé deux ans pour constituer cette formation avec des musiciens d’excellence : Idrissa « Idy » Diop (chant et percussions), Cheikh Tidiane Tall (orgue et guitare) et Thierno Koite (saxophone). On abordait tous les styles, soul, rock, blues, musique sénégalaise avec les tout premiers pas du mbalax. On accompagnait les artistes internationaux de passage tels James Brown, Franco, ou Claude François. Mais la musique afro-cubaine constituait souvent le plat de résistance.

Dakar, 2010. Trente-cinq ans plus tard, le trio se reforme et reprend les meilleurs morceaux de l’époque. Idrissa Diop a pas mal baroudé entre temps avec Manu Dibango, Claude Nougaro, Bernard Lavilliers, Jacques Higelin, le groupe de fusion Sixun, et même quelques années avec Carlos Santana. Le label Teranga Beat édite une compilation de douze titres, dont le fameux Bamba, Yaye Boye et de nombreux inédits.

Suivra un nouvel album, Le Sahel, La légende de Dakar (Celluloïd) sorti en mai 2015. C’est l’emblématique Caridad de Larry Harlow qui ouvre le bal. Tout en restant fidèle à l’original, l’orgue de Cheikh Tidiane Tall s’y substitue au piano du « juif merveilleux ». Tout au long de l’album, la guitare électrique et les cuivres marquent également leur différence avec le son new-yorkais, et plus encore la voix éraillée de griot de Diop. A l’opposé des voix nasales des chanteurs latinos, elle prend également ses libertés avec l’espagnol, comme dans Siera beng, pour « Quisiera ver (a Cuba feliz) ».

Idrissa Diop a monté un nouveau combo, le Sahel de Paris, pour présenter cette belle production discographique, auquel se sont occasionnellement joints d’anciens compagnons comme Paco Sery (Sixun), Deldongo ou Cheik Tidiane Seck. Samedi dernier, ils ont régalé la Chapelle des Lombards, terre d’accueil depuis des décennies des musiques les plus chaudes de la planète, et nous convient de nouveau à un apéro-live torride, ce 30 janvier à 20h.

Par Didier Ferrand | akhaba.com

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