Aghili récidive au Théâtre des Abbesses

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Aghili récidive au Théâtre des Abbesses

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Photo Mohammad Moradkhani

Quel chemin parcouru pour Salar Aghili ! On se souvient de sa première apparition parisienne avec la troupe Avaye Doost en 2002.  Une formation où apparaissait déjà Harir Shariat Zadeh, la jeune pianiste qu’il a épousé en 2000. Près de douze albums et autant de tournées plus tard, l’ancien élève du chanteur kurde iranien Sedigh Tarif tutoie désormais le sommet de la scène nationale. Son passage au Théâtre des Abbesses le 17 octobre remet nos pendules à l’heure.

De l’eau a coulé sous les ponts depuis. Entre concerts et bouillonnement discographique, la consécration graduelle d’Aghili en Iran est couronnée d’au moins deux hauts-faits artistiques.

Le premier, l'interprète le doit à Hamid Motebassem. Dans la lignée d’une poignée d’albums conjoints avec l'Ensemble Dastan, le luthiste- compositeur lui écrit en 2007 le mémorable Be Name Gole Sorkh (Noghteh Tarif Cultural Institute, 2009), où Dastan se montre sous son meilleur jour. Jamais égalé dans leur discographie commune, la justesse de ses morceaux intemporels classe l'album parmi les tout meilleurs de la décennie en Iran.

Le second exploit est plus surprenant. Avec sa femme Harir au piano, Aghili s'associe début 2009, pour un tour de chant néo-sonnati de reprises. Tout au long du fantastique Mayey Naz  (Barbad Music, 2009), les roulements du piano à la Maroufi, répondent en clair obscur au timbre éclatant du chanteur sur des classiques contemporains revisités. Sa voix y enjambe les intervalles avec une aisance remarquée. A l’arrivée, cette session minimaliste, d’un style inédit fait date et annonce les arrangements de Naghmeye Hamrazan  (Soroush Media, 2012).  

Quelle place pour Aghili parmi les ténors du moment ? Celle d’un outsider décalé. Pour commencer, la poésie contemporaine est une de ses marques de fabrique. Sa voix jeune, ensuite. Sa carrure imposante abrite un timbre caractéristique et une aisance feinte, de vrais atouts dans le crescendo. Riche en contrastes, sa voix excelle dans le avaz, quant bien même sa puissance est très loin de prétendre à celle des Shajarian ou Ghorbani. Face à eux, il peut compter sur une fraîcheur artistique décisive.

Fort de ses succès, Aghili est très en vue à partir de 2009. Il enregistre depuis plusieurs albums par an. Sans démériter, ses projets récents avec Mehran Mehrnia (2012), Keivan Saket (2012), Keivan Kianian (2015), ou encore le compositeur français Armand Amar (2013) mésestiment peut-être ses atouts personnels. En tout cas, son nouveau chef-d’œuvre tarde à venir, et le compositeur qui va avec. Sa participation à l’ensemble Mah de Madjid Derakshani (2013) suscitait pourtant les plus grands espoirs... « Oreille attentive et bon vouloir ».

L’orchestre multi-ethnique du concert de mars 2014 à Pleyel est déjà loin. Eclats de voix, formation resserrée, solistes persans affûtés : pour sa prochaine date aux Abbesses le 17 octobre, Aghili récidive plutôt dans l'esprit de la tournée 2006, le ney en moins. Etoile montante du târ, Milad Mohammadi remplace Hamed Fakouri, tandis qu’Harir délaisse encore sur scène son piano pour le daf kurde.

Un set qui annonce donc quelques solos classieux, sans doute emprunts de cette fausse modernité qu’affecte toujours l’artiste. Qu’à cela ne tienne, le public transporté s’engouffre dans les pans moirés de sa voix ample. Et en redemande.

Par Pierre D’Hérouville | akhaba.com

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