Hamed al-Saadi et le maqam de Bagdad à l’IMA

concert

Hamed al-Saadi et le maqam de Bagdad à l’IMA

Les 26 et 27 avril, l'auditorium de l'Institut du Monde Arabe vibrera des suites de maqam classique irakien. L'occasion de découvrir l'authenticité du chant ancien d’Hamed al-Saadi, avec son quartet minimaliste Tchalghi Baghdadi. Le cantateur n’avait pas visité Paris depuis son premier concert à la Maison des Cultures du Monde en 1998. Un évènement en collaboration avec le 17e Festival de l’Imaginaire.

A l'époque lointaine de Sindbad le Marin, Bagdad concentrait ce que le monde arabe comptait de virtuoses du luth tanbur et du cithare plat qanun. Par ses formes comme par son approche instrumentale, le maqam de la capitale irakienne est resté la tradition millénaire, rugueuse d'un Machrek cosmopolite ; son système modal remonte aussi loin que le théoricien Al-Fârâbi. Passé glorieux où modes arabes et les registres shash-maqâm centre-asiatiques se côtoyaient.

Hamed al-Saadi l’interprète précisément dans une forme vocale très ancienne. Non pas les avatars récents du taqsim, oublieux de la tradition, des grands luthistes irakiens. Si l’école modale de Bagdad remonte aux Abbassides, de nos jours ces maqam classiques brassent en suites, instrumentaux savants pour qanun et vocalises austères de la tradition bédouine. Révélé au public en 1998, le maqam de Bagdad n'est plus guère joué que par de petits cercles de puristes. Il a été classé à ce titre au patrimoine oral de l'humanité en 2003.

Panjgah, chahargah, nahavand, ses modes évoquent davantage  des zarbi persans que des suites andalouses. Le chant non métré d’Hamed Al-Saadi cultive effectivement cette ambiguïté, sa voix chaude s’égare de longues minutes entre avâz persan et improvisation inspirée layl.

Ce chant, plus plaintif que rauque, étire l’improvisation en un duo hors du temps avec le cithare et/ou le djozé. Esthétique dépouillée, sans comparaison avec les suites orchestrales d'Egypte, de Turquie ou de Syrie. Mais plutôt d’une aridité minérale. Les performances de ce maqam irakien célèbrent aussi leurs origines au son nasillard de la vièle bédouine originelle djozé, portée ici aux limites de ses possibilités mélodiques.

Les ambassadeurs du maqam irakien se comptent dorénavant sur les doigts d'une main. Dans la lignée de Qubandji et Adhami, l’éminent Hamed al-Saadi réunit ici un petit ensemble, en apparence éclectique, constitué d'un santour persan, d’un tambourin, d’une petite timbale et de la fameuse vièle monocorde djozé.

A une époque récente, le cithariste Wisam al-Azzawi a remplacé avantageusement le qanun de ses prédécesseurs (Muhammad al-Shbli, Muhammad al-Qubandji) par un santour moderne, ce qui n'a pas manqué d'imprimer, par instant, de faux airs d’improvisations iraniennes sonnati à ce répertoire ancien.

Après deux décennies de troubles en Irak, le concert célèbrera donc ces voix sauvées de l’oubli. A l'image de ses interprètes, Hamed al-Saadi cultive une authenticité rare, pétrie d'exigence. Expérience rare à partager.

Par Pierre d’Hérouville | akhaba.com | 2013-04-25

albums relatifs