Le soufisme fait tourner Paris

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Le soufisme fait tourner Paris

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Photo Ammar Abd Rabbo

La musique tourne, telle une spirale ascendante. Elle commence en douceur, un large cercle de notes qui émeuvent tendrement. Puis, progressivement le rythme s’intensifie. La ronde se resserre de plus en plus, captive l’auditeur et ne le lâche plus jusqu’à son retour sur Terre, serein, apaisé. C’est le mouvement de l’ensemble Al-Kindî (du nom du philosophe, physicien, mathématicien et musicien arabe du IXe siècle), créé en 1983 par le joueur de qanun français Julien Weiss.

Le musicien s'est islamisé en Jâlal Eddine, prénom du plus grand poète du soufisme, le Persan Jalâl ud-Dîn Rûmî (XIIIe siècle), dit Mawlânâ, notre maître, celui des derviches tourneurs. Al-Kindî vient le 27 mars à Paris, au Trianon, avec trois danseurs tourneurs (Youssef Chrimo, Mohamed Yahya, Mowafak Bahayeh) de l’ordre mawlâwî d’Alep.

Cette seconde ville de Syrie reste un centre important de la mystique musulmane depuis le XIIIe siècle quand les souverains ayyoubides, descendants de Saladin, y firent construire des couvents soufis. Située au nord du pays, Alep, sorte de Florence syrienne, était aussi un carrefour culturel, religieux et commercial où se croisaient caravanes et voyageurs venus d’Anatolie, d’Iran et même d’Asie centrale.

Jusqu’aux débuts du XXe siècle, la cité aux 4 500 ans d’histoire était considérée comme « l’oreille du monde arabe » pour la qualité mélomane de ses habitants. C’est là (pas dans l’oreille, dans la ville) qu’est né en 1957 Sheikh Habboush et que s’est formée la force de son chant subjuguant Jâlal Eddine Weiss (né à Paris en 1953), longtemps résident alépin. Héritier de la connaissance soufie de son père, le maître mystique (Habboush, pas Weiss) anime avec ardeur les obédiences qadiriya et rifa’iya, principales sources de son savoir liturgique.

Maître du maqam, Weiss, lui, est parti aux sources de la musique arabe savante pour constituer aujourd’hui son takht, le petit orchestre ancestral, rejetant les grands orchestres contemporains, si prisés dans les pays arabes, et leur introduction d’instruments européens, violon, violoncelle, contrebasse, sans parler du honni synthétiseur. Le takht Al-Kindî privilégie les solistes de qanun, de ney (Ziad Kadi Amin), de tambourin riqq (Jamal Al Sakka) et invite le rabâb du Turc Mehmed Refik.

Ils composent sur scène un écrin précieux au chant jubilatoire de Sheikh Habboush, son dhikr, le rituel de la répétition du nom de Dieu scandé sur plusieurs modes, jusqu’au vertige, ou de son samâa, la modulation ensorcelante des poèmes d’amour d’Allah et du Prophète. Une fièvre soutenue par le chœur des munshids, les hymnodes Hasan Altnji et Ali Akil Sabah et qui se libère dans l’extase de la rencontre avec le divin. Un frisson que sait aussi faire courir Bekir Buyukbas, invité de marque, muezzin prestigieux d’Istanbul.

Par Bouziane Daoudi | akhaba.com | 2012-03-25

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