Magie noire à l’Alhambra

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Magie noire à l’Alhambra

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Omara Portuondo © Tomás Miña

En 1958, Omara Portuondo commence à prendre goût au doux parfum du succès avec le quartette vocal Las d’Aida. Mais une gloire partagée à quatre, qui plus est sous la direction de la pianiste Aida Diestro, ce n’est pas assez pour la future diva. Alors, elle se lance dans une carrière solo avec comme point de départ le magnifique album Magia Negra (Velvet), dont une nouvelle version nous est livrée ces jours-ci. Elle y est accompagnée par le combo de Julio Gutiérrez ; ou le contraire puisque le nom de ce dernier apparaît en plus gros caractères sur la pochette originale du trente centimètres. Avec sa guitare électrique, le son de l’orgue et de l’accordéon, la formation était à la pointe de la modernité dans la Cuba fin de règne Batista.

Le titre éponyme qui ouvre le programme sur un cri déchirant n’est autre que la version en espagnol du standard That Old Black Magic, opus du prolifique compositeur américain Harold Arlen. Le ton est donné, l’inspiration est du côté de Glenn Miller et de Duke Ellington. Ainsi que de leurs émules tendance trouvères tropicaux : Marta Valdés, César Portillo de la Luz, José Antonio Méndez, ou encore leur antécédent spirituel, Orlando de la Rosa, directeur d’un autre quartette auquel appartint aussi celle qu’on appelait « La Novia Del Filin » – la fiancée du feeling –.

Alors que s’illustraient les futurs papys buenavistiens (Compay Segundo, Puntillita, Pío « le menteur » Leyva, Ibrahim Ferrer), alors qu’après une crise mystico-religieuse, la grande María Teresa Vera revenait à la vie artistique et réenregistrait – le phénomène n’est pas nouveau – son fameux Veinte años pour les labels Puchito et Kubaney, Omara choisit donc l’autre chemin, celui comme on l’a dit de la musique « moderne ». Un chemin assez fréquenté, puisque Julio Gutiérrez accompagnait aussi d’autres chanteuses comme Eva Flores ou la portoricaine Lucy Fabery, et que les combos de Felipe Dulzaides et Carlos Barbería faisaient de même avec Doris de la Torre et Yvette de la Fuente, respectivement.

Si on a oublié la plupart d’entre eux, Magia Negra a régulièrement fait l’objet de rééditions jusqu’à nos jours. Cela tient bien sûr à la personnalité et au talent de sa protagoniste, mais aussi aux arrangements et orchestrations, à l’ambiance même de ces sessions qui en font un album hors du commun. Un album tout en nuances, où la voix est juvénile mais déjà affermie et tout en velours, en opposition parfaite avec la stridence initiale.

Après avoir fricoté avec les jeunes Beatles maniaques de la Nueva Trova ou tourné avec la reine des charangas, l’Orquesta Aragón, Omara allait devoir attendre presque quarante ans pour triompher aux côtés d’Ibrahim Ferrer et des rescapés de l’âge d’or, avec notamment son inoubliable interprétation de Veinte años. A partir de cette date, sa renommée n’a fait que croître, l’entraînant dans une série ininterrompue de tournées et d’enregistrements.

Parmi ceux-ci, Rompiendo la Rutina l’album hommage à Paulina Álvarez édité par la maison de disques cubaine EGREM en 2010 – une production confinée au marché local – est celui qui se rapproche le plus de Magia Negra cru 2014. L’idée ? Utiliser la piste orchestre du seul 33 tours jamais enregistré par « La Emperatriz del Danzonete » et y greffer la voix de la chanteuse du Buena Vista. Ou encore garder la partie vocale originale pour créer d’anachroniques duos.

La démarche est plus aboutie dans cette nouvelle production du label World Village, puisque tout le répertoire a été réenregistré avec de jeunes musiciens emmenés par le pianiste Rolando Luna, titulaire du poste dans les dernières moutures du Buena Vista Social Club. Pour cette tournée promotionnelle, c’est Roberto Fonseca et son quartette habituel qui s’y collent. A peu près de la même génération que les musiciens de studio, ils sont aussi ce qui se fait de mieux en termes de popularité et de qualité musicale dans le domaine.

La seule question en suspens, et c’est aussi le challenge, est de savoir comment le public de 2014 recevra cet opus conçu il y a cinquante-six ans. Des invités exceptionnels, comme le chanteur brésilien Ivan Lins ou le poète cubain Luís Carbonell, et de nouveaux arrangements de Juan Manuel Ceruto ont certes donné du lustre et une touche plus actuelle à l’œuvre. Mais une chose est sûre, quelques décennies n’altèrent en rien la bonne musique. C’est ce que nous aurons l’occasion de vérifier.

Par Didier Ferrand | akhaba.com | 2014-11-20

Le 20 novembre à l’Espace Carpeaux, Courbevoie
Les 24 et 25 novembre à l’Alhambra, Paris

Le 30 novembre à l’Opéra de Rouen

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