Trouble mandingue à Ivry

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Trouble mandingue à Ivry

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Abou Diarra © Francois Mallet

Le chanteur malien Abou Diarra est un n’goni hero. Il joue de la variante la plus prisée par les jeunes Africains de l’Ouest de ce luth traditionnel mandingue, le kamelé n’goni (ou ngoni) dont il a bricolé une première mouture vers ses 14 ans. Les doigts agiles, le toucher sensible, Abou a appris à maîtriser cet instrument grâce à ses pieds. Une longue marche, « quatre mois et 26 jours. C’est comme ça que je suis devenu joueur de n’goni, sur la route ».

C’est ainsi que le Jack Kerouac de la petite harpe dérivée de la kora explique ses débuts quand il devait revenir de la ville la plus riche d’Afrique de l’Ouest francophone, la métropole ivoirienne Abidjan où il était parti gagner quelques sous pour rallier Bamako, la capitale malienne. Des centaines de kilomètres parcourus à pinces où l’artiste perfectionne de ville en village son pincement de cordes, traditionnellement de 4 à 7, appris à Bamako auprès du maître aveugle Moussa Kanté dit Vieux Kanté. Pas si vieux que ça puisque disparu prématurément à 31 ans en 2005, mais qui a connu une ascension éblouissante pour son jeu fabuleux, un jazz rock mandingue futuriste et fou.

Il était originaire de Sikasso, tout comme Abou Diarra qui est né en 1975 dans cette région de la province de l’extrême Sud malien, le Wassoulou qui déborde sur la Côte d’Ivoire et la Guinée-Conakry. Une aire réputée pour la musique mystique de ses chasseurs dont le père d’Abou faisait partie comme fétichiste. Abou Diarra est aussi fils d’une chanteuse qui diffusait son savoir spirituel dans les cérémonies et fêtes traditionnelles où il l’accompagnait dès son plus jeune âge.

Abou Diarra a donné le nom de sa mère à son nouvel album, Koya (Mix et Métisse, RFI Talent/CSB Productions, L’Autre Distribution), qu’il vient tout juste de sortir et présente au Hangar 94 à Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne) avant le festival Africolor le 24 décembre au Nouveau Théâtre de Montreuil (Seine-Saint-Denis). Une douzaine de chansons en bambara et compositions troublantes, produites subtilement par Nicolas Repac, compagnon de route d’Arthur H, passé de la guitare jazz à des samples fins, des touches électro sophistiquées. Des écrins précieux, souvent des blues ancestraux qui valorisent le chant et le jeu d’Abou Diarra. Dans un équilibre délicat entre la frénésie et la méditation, la voix est gracieusement servie par des chorus de flûte, harmonica, contrebasse, calebasse, kora, clavier, guitare, basse.

Par Bouziane Daoudi | akhaba.com

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