Détours de Babel 2018 : un week-end sous le signe féminin

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Détours de Babel 2018 : un week-end sous le signe féminin

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Souad Asla et Lemma

A Grenoble, au pied des Alpes neigeuses, s’est ouverte la 8e saison des Détours de Babel, le 8 mars, Journée des droits des femmes, commémoration dénommée ainsi actuellement en France, suite aux harcèlements sexuels, enfin publiquement dénoncés, à l’encontre des femmes. Le festival Détours de Babel, finissant le 7 avril, donne la parole, ce week-end débutant le vendredi 16 mars, à des chanteuses telles Hasna el Bécharia et Souad Asla, deux voix algériennes qui affrontent leur société patriarcale et encore conservatrice.

Tempo gnaoui

Garçon manqué, Hasna el Bécharia, native de Colomb-Béchar, ville anciennement coloniale de l’Algérie française, à un jet de caillou du Maroc, a bravé les interdits de sa communauté, comme fille. Elle a pris le guembri, cette basse de cordes de boyaux d’animaux traditionnellement et exclusivement jouée par les hommes, pour chanter le gnawi (ou gnaoui), le diwan, tel qu’il est aussi nommé dans le Sahara algérien d’où elle est issue. Une musique négro-arabo-berbère d’obédience soufie que Hasna a commencé à pratiquer, avec la guitare aussi, dès sa prime jeunesse, malgré ses parents attachés à la tradition et hostiles à sa vocation.

« Mon père avait beau me frapper, je jouais de la guitare. J’en étais folle. Je découpais des photos de l'instrument pour les coller sur les murs de ma chambre. Ça m'a pris vers 9-11 ans », nous racontait Hasna en 2001, à son installation en France. Fille d'un maître gnaoui, elle chante ses compositions et des airs traditionnels algéro-marocains, et joue aussi du oud, de la guitare électrique, du banjo. Sa culture se nourrit de célébrités de la chanson populaire marocaine, les Hamid Zahir, Brahim el Alami, Abdelhadi Belkhayat. A Béchar, elle passe ses jeudis au cinéma pour se délecter des comédies musicales égyptiennes de Farid el Atrache, Mohamed Abdelwahab et imite à la maison, en cachette de sa famille, les disques d’Enrico Macias. La voix émouvante, Hasna el Bécharia est une artiste inédite dans une tradition algérienne où l'on ne voit pas une guitariste leader de groupe.

Musique mandingue

Le vendredi, c’est aussi un spectacle intitulé Dream Mandé - Bamanan Djourou que présente la Franco-Malienne Rokia Traoré qui y mêle musique mandingue et chanson française, épaulée par une douzaine de musiciens et choristes. Chanteuse internationalement réputée, fille de père diplomate, Rokia offre ici une musique où elle concilie ses racines mandingues et son amour de la chanson francophone, en particulier celle du Monégasque Léo Ferré et du Belge Jacques Brel.

Transe saharienne

Le samedi 17 consacre Souad Asla. Le corps longiligne, la voix fine, Souad a accompagné, en chœur, Hasna el Bécharia, sa payse de Béchar, avant de trouver sa propre voie. Une chanson traditionnelle saharienne féminine, gnawi, née des esclaves noirs africains déportés au Maghreb, il y a un demi-millier d’années. C’est en s’installant en France que Souad réalise pleinement que ce patrimoine constitue son identité. Ce chant de liberté animant les fêtes familiales, qui a imprégné son enfance. Alors, Souad a réuni aujourd’hui une douzaine de femmes interprètes de cette tradition, âgées de 23 à 74 ans, un groupe nommé Lemma, un chœur soutenu par des cordes, des percussions pour chanter une transe tranquille, souvent spirituelle quand elle loue le Prophète musulman et son message.

Balkans serbo-croates

Le même samedi, Söndörgö (prononcez Cheundeurgueu), cinq jeunes multi-instrumentistes virtuoses de Hongrie viennent jouer une musique des Balkans, en chant, tamboura, derbouka, trompette, clarinette, saxophone, kaval, accordéon, flûte, tapan. Trois frères et deux cousins, tous originaires de Szentendre, village à minorité serbe proche de Budapest, qui  transmettent la culture  de leurs parents, la musique des Slaves méridionaux, celle des minorités serbo-croates de Hongrie. Un répertoire d’airs de danses hongroises, serbes et macédoniennes, où l’influence turque est très présente. Une musique où la mélancolie côtoie la frénésie. Un groupe qui adapte aussi Jean Sébastien Bach et Béla Bartók, explorateur hongrois, au début du XXe siècle, de la tradition tambourinaire de Biskra, ville au seuil du Sahara algérien.

Fanfare raï

Le dimanche revient à Fanfaraï, un big band de douze artistes algéro-maroco-français formé en 2005 en Ile-de-France. En chant, castagnettes métalliques qraqeb, oud, trompette, saxophone, trombone, violon, batterie, bendir, guitare, basse, flûte, clavier, ce combo cosmopolite revisite, réécrit quelques puissants rythmes du Maghreb. Fanfaraï joue le raï de l’Oranie, le chaâbi de l’Algérois, le gnawi que se partagent les trois pays du Maghreb. Des traditions que cette fanfare mêle, dans un son puissant singulier et subtil, aux reggae, funk, rhythm’n’blues, jazz, latin jazz avec un enthousiasme communicatif, convivial. Une musique chaleureuse, originale, qui éreinte les hanches du public.

Par Bouziane Daoudi | akhaba.com

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