Mélodies balkaniques et égéennes d’Alsace à La Courneuve

concert

Mélodies balkaniques et égéennes d’Alsace à La Courneuve

Depuis plusieurs années, la Maison Guy Môquet de La Courneuve (Seine-Saint-Denis) réserve une belle part aux musiques du monde avec sa programmation dénommée PolySons, à l’exemple de ce samedi 19 janvier. Une soirée dédiée à quelques puissantes musiques de l’Est méditerranéen, balkaniques, bulgares, grecques et turques que viennent jouer Boya et Maliétès, deux groupes novateurs et multinationaux d’Alsace.

En première partie le trio franco-bulgare Boya innove avec des improvisations à la fois denses et déliées. Des compositions aux allures jazzy et musique classique avec le piano de Nathalie Tavernier. Ses notes claires ou graves répondent aux daff et zarb iraniens, bendir maghrébin, tapan balkanique d’Etienne Gruel alors que le meneur du groupe, Dimitar Gougov, longue tignasse blonde frisée, frotte les cordes de sa gadulka, le violon bulgare, produisant des vibrations saisissantes entre tendresse et véhémence.

Inspirés par les chants et les musiques de danse populaires balkaniques, réunis depuis 2001, les trois jeunes musiciens (et chanteurs) strasbourgeois ouvrent une nouvelle voie à la tradition, une ouverture nourrie d’influences venues d’autres univers musicaux, comme le rock. Méditation, humour, farandole, de la fureur et de la douceur se mêlent dans leur musique marquée par l’adage bulgare : « puisqu’on a déjà tout perdu, autant faire la fête ».

En seconde partie, on retrouve avec Maliétès, le percussionniste Etienne Gruel aux côtés du chanteur oudiste Lior Blindermann, de l’accordéoniste Yves Béraud, de Nicolas Beck à la contrebassiste et au tarhu, l’impressionnante vièle orientale qu’il manipule avec expertise. Formé aussi en 2001, le quatuor se concentre davantage sur les traditions turques et grecques.

Maliétès rafraîchit des culturelles anciennes baignées par la mer Egée, des airs à danser grecs tels les antikristos, karsilama, tsamikos, turques comme le zeybek ou le hora balkanique. L’autre moment de grâce est la revisite du quatuor du rebetiko, ce blues fondé à la fin du XIXe siècle par les mauvais garçons dans les fumeries des bas-fonds d’Athènes, et de l’arabesk, cette fusion arabo-turque bricolée dans les années 1930 par les migrants ruraux dans les tavernes enfumées d’Istanbul.

Un genre longtemps méprisé par les élites et à que Maliétès réhabilite en allant au profond de ses racines en Anatolie. Une terre qui a aussi accueilli le chant ladino colporté par les juifs chassés d’Espagne qui s’est fixé à Tétouan, au Maroc, à Oran et atteint les rives grecques et turques. Un art et une langue actuellement en voie de disparition que revivifie ici Lior Blindermann et ses complices.

Par BouzianeDaoudi | akhaba.com | 2013-01-15

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