NoBorder et sans limites #9 | Part 1

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NoBorder et sans limites #9 | Part 1

Cette 9e édition du festival brestois des musiques populaires du monde lancée le 7 décembre, jusqu’au 15, poursuit allègrement son périple en des cultures sans frontières où le plus important reste l’émotion et l’euphorie qu’elles provoquent.

Fargana Qâsimova, le mugam régénéré

Après une mise en bouche dès le 7 décembre avec une demi-douzaine de spectacles, ce 9e NoBorder entame ce jeudi 12 sur la scène nationale du Quartz les plats copieux de son menu, soit une quinzaine de concerts. Cela commence avec une jeune femme qui a réussi à se faire un prénom aux côtés de son père Alim Qâsimov, la star du mugam, art ancestral savant et populaire de leur natal Azerbaïdjan, mais répandu dans toute l’Asie centrale en diverses variantes locales.

Fargana Qâsimova perpétue non seulement l’héritage paternel mais le régénère en lui donnant des accents nouveaux, un rythme plus soutenu qui la plébiscitent auprès de la jeunesse azérie davantage occidentalisée et moins sensible au mugam des anciens, ce mode musical adapte du maqâm arabe élaboré il y a plus de mille ans entre Mésopotamie et Andalousie.

Née en 1979, Fargana Qâsimova chantait sur scène avec son père dès ses seize ans avant de devenir chanteuse à part entière à sa vingtième année, affirmant, sur des mélodies langoureuses ou vives de luth târ, vièle kamanché, hautbois balaban, percussions naghara, sa voix haut perchée et vigoureuse. Fargana est promue par le festival de l’Imaginaire, le même qui a fait découvrir à l’Occident son père, il y a une trentaine d’années.

Le Cri du Caire effervescent

Ce même jeudi au Quartz, dans un registre plus échevelé, plus fusionnel, le spectacle Le Cri du Caire est une rencontre improbable où se mêlent des styles sans âge et des clameurs contemporaines, volutes soufies, jazz, rock, boucles électro. Un concert qui tourne autour de la voix du poète et musicien égyptien Abdullah Miniawy, né en 1994 en Arabie Saoudite de parents intellectuels avant de venir vivre dans son pays d’origine.

Il est découvert au Caire où il performe dans les clubs en compositions souvent électroniques alors que le pays est en plein soulèvement effervescent contre le régime du président Hosni Moubarak, où il participe par ses poèmes contestataires fortement inspirés par le mysticisme soufi.

Installé en Europe, Abdullah rencontre à Paris le trompettiste français Erik Truffaz, le saxophoniste britannique Peter Corser et le violoncelliste allemand Karsten Hochapfel. Depuis, leur Cri du Caire présenté en 2018 au festival d’Avignon est un foisonnement d’harmonies captivantes, de transbordement sans frontière musicale, no border, justement.

Barba Loutig, Achille Ouattara, fest-noz armoricain, funk africain

Toujours jeudi, au Vauban, de l’autre côté de la chaussée du Quartz, le quatuor féminin breton Barba Loutig s’investit aussi bien dans la gwerz, le blues patrimonial celtique que dans des univers musicaux tels le galicien cousin, hongrois, kurdes ou albanais, au grès des voyages des chanteuses et percussionnistes Loeiza Beauvir, Lina Bellard, Elsa Corre, Enora De Parscau. Les quatre artistes rompues depuis quatre ans à l’animation conviviale des festoù-noz, fêtes de nuit bretonnes menées par le chant à répons kan ha diskan, savent plonger leur auditoire dans des sarabandes vertigineuses.

Avant que leur succède sur les mêmes planches l’Achille Ouatara trio du Burkina Faso, dont le leader a biberonné le gospel en famille puis se faire remarquer par quelques grands talents d’Afrique de l’Ouest. Chanteur et bassiste, épaulé par son frère Moïse Ouattara à la batterie et Renaud Crols aux violon et claviers, Achille improvise un genre entraînant, aux frontières du funk et de la tradition burkinabé, un tourbillon entêtant que bénirait son mentor le bassiste américain Marcus Miller.

Fawaz Baker, Aynur Doğan, chants syrien et kurde solaires

Vendredi 13, au Quartz, encore un mélange inattendu, un des aspects positifs de la mondialisation, des artistes de Syrie, de France et d’Equateur avec l’Ensemble Fawaz Baker. Parisien, le chanteur et oudiste Fawez, est originaire d’Alep, seconde ville de Syrie et réputée depuis plusieurs décennies la plus musicale du monde arabe.

Il s’est affranchi des frontières entre les genres mélodiques pour inventer un univers où se croisent voluptueusement musiques moyen-orientales, tempos latino-américains, gaités tziganes, extases classiques, accompagné par son compatriote Samir Homsi aux percussions et chant, l’Equatorienne Helena Recalde à la contrebasse et la Française Manon Courtin à la guitare.

Même soir, même lieu la Kurde de Turquie Aynur Doğan - lumière de lune en français - révélée par Crossing The Bridge, remarquable documentaire sur la musique d’Istanbul du Turco-Allemand Fatih Akin, illumine de sa voix solaire la musique de ses ancêtres par ses chants festifs commémorant chaleureusement les épopées des plaines et montagnes de son pays avec des pointes jazzy sur des airs de percussion, de luth tembur, de piano.

Brighde Chaimbeul, Jack Titley & the Bizness, Ecosse et dancefloor enflammé

Toujours ce vendredi, au Vauban, l’Ecossaise Brighde Chaimbeul, née dans une famille de musiciens baignée par la culture gaélique qu’elle entretient farouchement avec sa cornemuse. Un héritage qu’elle enrichit avec des airs d’Europe de l’Est, d’Irlande, dans une ambiance envoûtante, passionnée qui lui a valu plusieurs récompenses internationales. Elle est suivie sur la même scène par Black Flower, un groupe belgo-américain mené par le saxophoniste et flûtiste belge Nathan Daems. Nourri par ses multiples voyages, il enrichit ses compositions par des sonorités balkaniques, éthiopiennes, jamaïcaines, entre mysticisme et hypnotisme.

C’est le même magnétisme. L’octet anglo-breton Jack Titley & the Bizness, vingt ans d’âge dans le rock, s’est lancé dans une fusion ébouriffante de styles nés à la fin du XXe siècle, quelque chose entre pop, chants sombres et drolatiques, du bluegrass, de la soul, du rocksteady sino-jamaïcain, de l’afrobeat, du gospel, du zydeco. Une musique insensée qui enflamme les dancefloors. Sans frontière toujours.

Par Bouziane Daoudi | akhaba.com

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