Deux maîtres persans au Centre Mandapa

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Deux maîtres persans au Centre Mandapa

Quand Hassan Tabar au santour et Djamchid Chemirani au zarb, deux expatriés virtuoses, viennent raviver le vendredi 19 mai 2017 à Paris les braises de l’âge d’or du sonnati, cette musique traditionnelle savante et millénaire d’Iran et de ses environs.

La disparition de Parviz Meshkatian (1955-2009) annonçait une nouvelle page de la transmission orale du radif persan, le prestigieux répertoire classique. Avec Faramarz Payvar (1933-2009), Mohammad Reza Lotfi (1947-2014) ou Farhang Sharif (1931-2016), toute une génération de maîtres de la tradition savante iranienne est en train de s'effacer, laissant place à des disciples le plus souvent exilés ou méconnus.

On ne présente plus le percussionniste Djamchid Chemirani. Virtuose iconique, instrumentiste facétieux dont les frappes captivantes sur le zarb ont conquis trois descendances de mélomanes en France. A 75 printemps bien sonnés, le maître pourrait couler des jours heureux dans sa demeure du Sud de la France. Mais, c'est sans compter sur ses enfants et sa polyvalence inoxydable, toujours à l'affut de nouveaux projets collectifs.

Et ce fut Hassan Tabar, santouriste érudit de cette tradition persane constante, telle qu'on la pratiquait encore dans les années 1960. Ce pilier du sonnati old school, également écrivain à ses heures, toise de son regard perçant la musicologie et les sachants. L'instrument chevillé au corps, Tabar enregistre peu et tient la scène comme principale profession de foi.

Hassan Tabar et Djamchid Chemirani en concert à Paris au théâtre Claude Lévi-Strauss du musée du quai Branly, à l'occasion de la sortie du livre de Hassan Tabar sur le santur persan aux éditions Geuthner, le 20 avril 2013

De 1997 à 2001, Chemirani et Tabar se donnaient annuellement rendez-vous au Centre Mandapa, dans le 13e arrondissement de Paris, où le second faisait déjà figure d'habitué. Leur enregistrement Musique classique iranienne (Aïa Music, 2000) remonte à cette période. Chacun suivra sa voie ensuite, mais cette collaboration figure encore en bonne place sur la commémoration Eshâreh (Mahoor, 2012) du jubilée de Chemirani. Peu après, Tabar lui rend la politesse avec le concert-événement au musée du quai Branly à Paris pour sa publication Le santur persan (Geuthner, 2013), avant de célébrer à son tour, fin 2016, ses 30 ans de carrière en France.

Vue d'avion, cette nouvelle réunion au centre Mandapa est donc déjà écrite et ce n’est pas un scoop : ce soir-là, la révolution n’aura pas lieu. Pour les uns : un derby joué mille fois, où les thèmes ordonnancés du radif mettent au pas santour et zarb. Exercice souvent jugé désuet à l'heure d'Ardavan Kamkar et de Kourosh Matin. Pour d’autres : rien moins qu’un pèlerinage nostalgique. Si le jeu ancien est indéniablement difficile, ne serait-ce qu’à imiter, il demeure un spectacle rare et un voyage dans l'espace et le temps à la fois.

Par Pierre d’Hérouville | akhaba.com

Hassan Tabar et Djamchid Chemirani en concert à Paris au théâtre Claude Lévi-Strauss du musée du quai Branly, à l'occasion de la sortie du livre de Hassan Tabar sur le santur persan aux éditions Geuthner, le 20 avril 2013

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