L’échappée égyptienne de Mohamed Abozekry

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L’échappée égyptienne de Mohamed Abozekry

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Photo Sylvain Gripoix

Révélé au public en 2009 par le concours international du oud de Damas, le jeune Mohamed Abozekry est exceptionnellement précoce. Sept ans auparavant, Naseer Shamma le découvre au Caire et l’oriente vers sa Maison du Luth Arabe, puis vers son fameux oud sharghi à sept chœurs, une variante irakienne de l’instrument. Le jeune égyptien n’a encore qu’onze ans ; il en sortira diplômé à quinze. Dès 2007, il se produit avec l’orchestre oriental Bayareq de son maître. A l’instar de Nawfel ou de Rajab Suleiman, Mohamed Abozekry brûle alors déjà de la fièvre créatrice des jeunes surdoués.

En août 2009 à Damas, Abozekry est nommé meilleur joueur de oud du monde arabe de l'année

Sur le conseil du guitariste Guillaume Hogan, Mohamed entreprend en 2009 des études universitaires à Lyon. C’est là qu’ils fondent ensemble en 2010 le quartet expérimental HeeJaz avec Anne Laure Bourget (percussions) et Hugo Reydet (contrebasse). La formation constitue, dans un premier temps, un véritable écrin pour son jeu vif. A la simple interprétation, le jeune cairote préfère étendre sa palette à de multiples inspirations latino, blues, jazz... Selon ses propres termes : « La recherche dans différents styles musicaux devient la perspective essentielle de [son] travail afin d’apporter une modernité constante dans [sa] pratique du oud. » Le groupe, constitué d’individualités fortes, laisse progressivement l’espace aux improvisations de chacun, comme sur Ring Road  (Jazz Village, 2015), leur dernier album en date.

Le concert du 12 décembre 2015 à l'Institut du Monde Arabe verra le baptême du feu de son tout nouveau spectacle Karkadé, littéralement « fleur d’Hibiscus ». Travaillé dès 2012 par la nostalgie de son pays – puis l’enthousiasme révolutionnaire – Mohamed échafaude pas à pas ce projet artistique, inspiré par toutes les musiques de son pays, selon lui « un retour aux sources égyptiennes à travers plusieurs écoles musicales s’inspirant les unes des autres ». En toute logique, le luthiste préfère ici à ses compagnons lyonnais une poignée de compatriotes : Hany El-Badry (ney), Hany Bedair (riqq) et Mostafa Dagher (violon). Un set qui, n'en déplaise à l’HeeJaz Extended, remet paradoxalement le soliste au centre du débat.

Dans ce nouveau show survient d'abord la musique arabe classique, ou plutôt le lointain souvenir de sa suite modale. Ce faisant, Mohamed Abozekry s’essaie ici au quatuor traditionnel (oud, ney, violon, riqq), le temps d’un long sama'i. Son inspiration habituelle laisse augurer sur ce morceau de la présence scénique exceptionnelle qu'on lui connait.

La seconde partie du spectacle est d'inspiration mystique. Elle puise dans l'art séculaire des hymnodes soufis de Haute-Egypte, pilier de la piété populaire. Aux rythmes des percussions,  le luth réinterprète les mélismes et l'extase du cheikh Ahmad Al-Tûni (1932-2014) en un vibrant hommage. Une expérimentation des plus prometteuses, où la fougue créatrice de l’instrumentiste sera toute à la transe.

Pour clore ce cycle, la troisième partie empreinte aux variétés égyptiennes contemporaines saedi, tarab, chabi cairote et autres jeel. Succès comparativement récents qui inspirent le regard résolument moderne de l’instrumentiste. Nostalgie, donc, mais aussi bouillonnement créatif.

Nécessité faisant loi, le jeune égyptien s’entoure ici d’instruments traditionnels, le temps d’un retour au pays, bien loin des errances d’HeeJaz. Ceci dit, les clichés guettent à l’ombre des dunes de Gizeh. Avec le concours d’Anne Laure Bourget, augurons que la fantaisie qui les caractérise ne leur fera pas défaut.

Par Pierre D’Hérouville | akhaba.com

Mohamed Abozekry en concert à l'Opéra du Caire en 2010, dans le grand orchestre de Naseer Shamma pour le premier Forum International du Oud

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