Le changüí est dans la ville

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Le changüí est dans la ville

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Oderquis Revé, le 12 novembre 2004 au Théâtre Nacional de Cuba à La Havane © Didier Ferrand

Les vingt-huit ans passés dans l’ombre de son grand frère, Elio, auront permis à Oderquis Revé de passer maître dans l’art du changüí moderne – appelons-le ainsi tant il diffère du changüí traditionnel – et de son corolaire, le charangón, sorte de charanga amplifiée et transfigurée.

Né à Guantánamo, Cuba, en 1949, Oderquis se frotte non seulement à cet ancêtre local et rural du son, mais aussi à la fameuse tumba francesa, qui marie costumes et danses du 18e siècle français aux tambours haïtiens. Lorsqu’il arrive à La Havane en 1959, son frère a déjà fait parler de lui à la tête de sa charanga, gravant quelques quarante-cinq tours aujourd’hui très recherchés pour Corona, Panart et RCA Victor. Des disques où il apparaît comme « Créateur du Changüí », ni plus, ni moins !

Après l’éviction d’Elio Revé de sa propre formation, qui deviendra la Ritmo Oriental, on perd sa trace jusqu’en 1967. Pour cette renaissance, il adopte le style yéyé, la guitare électrique et un répertoire ad hoc de son bassiste Juan Formell. Entre temps notre Oderquis est devenu « omo alañá », autrement dit joueur habilité des tambours sacrés batá. Ce qui permettra, après le départ de Formell en 1969, de renforcer la partie percussive. Désormais, il suit pas à pas la carrière de son frère, entre coups d’éclat et périodes de latence.

C’est au début des années 1980 que le charangón explose avec l’album Rumberos Latino Americanos, suivi de quelques autres de la même farine. Le piano, les compositions et les arrangements du « Fou de Bejucal », Juan Carlos Alfonso, y sont pour beaucoup. L’énergie débordante du collectif lui permet de lutter et de se maintenir, malgré le rouleau compresseur de la timba qui en a enterré plus d’un, jusqu’au décès accidentel d’Elio en 1997. Elito Revé reprendra l’orchestre paternel tandis qu’Oderquis créera le sien de toutes pièces. On l’entendra bientôt sur les ondes des radios cubaines mais il faudra attendre 2005 pour que l’EGREM édite enfin Changüisero de cepa (Changüisero de souche), un titre-étendard.

Par rapport au charangón d’Elito – plus connu sous nos latitudes et extrêmement populaire à Cuba – la formation d’Oderquis se veut à la fois plus proche des racines et de l’esprit rugueux des années 1980, et plus tournée vers l’expérimentation (un instrumental jazzy figure sur le seul CD que nous lui connaissons). De même, les invités de marque – Juan de Marcos González, Félix Baloy, Julio Padrón – en studio ou lors de concerts, dénotent une approche « descarga » plus prégnante.

La tournée, qui passe par le New Morning ce jeudi 10 juillet, est censée faire la promotion d’un deuxième opus fantôme, certainement perdu dans les méandres bureaucratiques des productions cubaines. Mais peu nous chaut, l’occasion d’une fête « super caliente » est trop belle pour ne pas la saisir.

Par Didier Ferrand | akhaba.com

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