Le Shams Ensemble au Théâtre de la Ville

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Le Shams Ensemble au Théâtre de la Ville

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Photo Unagami Takuya

Difficile à croire sous nos cieux, mais en Iran, les premiers succès de l’ensemble Shams sont plus connus du public que ceux des Beatles. La surprise est double quand on réalise qu'il s'agit de cantiques néo-mystiques, inspirés d’un folklore sectaire kurde, la musique rituelle des Ahl-e Haqq. Retour sur un phénomène.

Créée par Kaykhosro Pournazeri à Kermanshah, la troupe familiale Groh-ye Tanbur Shams – ou Shams – enregistre dès 1979 avec Shahram Nazeri, Seyyed Khalil Alinejad et Ali Akbar Moradi, son premier album Sedaye Sokhane Eshgh. Demeurée qualitativement inégalée depuis, cette œuvre exceptionnelle associe Shams à l'avènement d'alors de Shahram Nazeri au plan national.

Musicalement, le succès de la troupe tient autant à l'universalité de la poésie mystique iranienne qu'au dualisme kurde/persan propre à la ville de Kermanshah. La troupe tire d’ailleurs son nom de Shams Ed-din Tabrizi, le mentor de Jalal Ed-din Mevlana Rumi au 13ème siècle. Mariant le luth tanbur à la poésie mystique, fût-elle persane, Shams offre au public postrévolutionnaire une alternative raisonnable à la musique sonnati, drapée ici de l'appellation « mozighi khanqa'i », ou « musique des couvents ». Son régionalisme sincère fait le lit de ce succès, cependant qu'en se jouant des codes lyriques du Ministère de la Guidance Islamique, cette production profane familiarise le public avec un folklore musical notoirement hérésiaque.

Le groupe a été courtisé et a accompagné les projets des grands cantateurs Shahram Nazeri – Heyrani (1998) et Motrebe Mahtab Rou (2003) –, Hesameddin Seraj – Del Ara (2011) – et Ali Reza Ghorbani – Bar Samae Tanbur (2012) –. Fort de ces succès, l’ensemble, qui comptait jusqu'à quinze luthistes kurdes à l'unisson, a évolué avec le temps. Les fils de Kaykhosro Pournazeri y introduisent avec modernité, respectivement l'oud et la vièle kamanché. On leur doit dernièrement l'album innovant Na Fereshte Am Na Sheytan composé par Tahmoures Pournazeri pour Homayoun Shajarian, et le projet collaboratif Nishtiman, à la croisée de Sohrab Pournazeri avec les autres Kurdistan, syrien, irakien et turc. Ce dernier a aussi écrit la bande originale décoiffante Arayesh Ghaliz en 2014, encore une fois pour la voix d’Homayoun Shajarian.

Le 13 avril 2015, c'est dans un line-up quasi réduit aux Pournazeri, père et fils, que la troupe se présentera sur scène au Théâtre de la Ville (Paris). Pas d'ensemble indénombrable cette fois ci, mais plus probablement une nouvelle valse virtuose des kamanché, daff et tanbur entre les enfants terribles de Keykhosrow. Tandis qu'un public acquis d'avance réclamera, n'en doutons pas, les hymnes éternels Mardan-e Khoda ou Mastan Salamat Mikonand.

Par Pierre D’Hérouville | akhaba.com

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