Le culte des ancêtres selon Omar Sosa et Gustavo Ovalles

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Le culte des ancêtres selon Omar Sosa et Gustavo Ovalles

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Photo Thomas Kruesselmann

Plus encore que la musique, ce qui réunit ces deux-là c’est la spiritualité. Le percussionniste vénézuélien Gustavo Ovalles et le pianiste cubain Omar Sosa ont monté leur duo en 1999. Le second avait expérimenté la formule deux ans plus tôt avec le californien John Santos. L’album Nfumbe (PriceClub, 1997) nous offre une magnifique vitrine de ce travail. Santos soulignait alors qu’« honorer les ancêtres est un ancien principe de base de la plupart des peuples africains, asiatiques et amérindiens ».

Ovalles ne dit pas autre chose, lui qui s’est lancé dans une recherche approfondie des traditions afro-vénézuéliennes, tant pour leur sauvegarde que parce qu'« elles ont une force liée aux ancêtres ». Il parcourt donc son pays natal de long en large, jusque dans les villages les plus reculés. Dans la continuité, il étend son spectre culturel et cultuel en se rendant à Cuba, où il s’initie dans la religion afro-cubaine de la santería. Il devient « omo aña », c’est-à-dire « fils du tambour ». En d’autres termes, le voilà habilité à jouer des tambours sacrés batá, qui accompagnent les cérémonies religieuses santeras.

L’album Ayaguna (Otá Records, 2003), enregistré au Motion Blue de Yokohama, nous donne une idée de ce qui nous attend samedi 13 février à 18h00 au théâtre Claude-Lévi Strauss du musée du Quai Branly. Si la tradition afro-cubaine est prédominante tout au long du programme, les influences européennes (Bach, Chopin…), jazz (Thelonius Monk, Bill Evans, Keith Jarrett, McCoy Tyner…) et européo-cubaines (danzón) sont elles aussi bien présentes. C’est le cas avec Toridanzón, qui est clairement un hommage au duo que formaient le pianiste aveugle Frank Emilio et le maître du güiro Gustavo Tamayo dans les années 1970. Duo qui s'était lui-même inspiré du disque posthume d'Antonio María Romeu Tres lindas cubanas (Suaritos, fin des années 1950). Une filiation spirituelle danzonera qui nous ramène une fois encore au culte de ceux qui nous ont précédés sur terre et nous ont enseigné le chemin.

Sur certains titres, comme Africa madre viva, Sosa enchaîne les tumbaos – figures rythmiques syncopées au cœur du son cubain – avec une fougue et une inventivité à faire pâlir les meilleurs groupes de son ou de timba. Mais ce n’est pas tout. Il est aussi le pianiste au toucher léger, au lyrisme mâtiné de romantisme qui distille ses notes cristallines au détour d’une ballade. Omar, le fils d’Obatalá (dont Ayaguna est l’un des avatars et le blanc sa couleur), sait ce que paix et sagesse veulent dire. Mis tres notas figurait déjà sur son premier opus en piano solo Omar Omar (PriceClub, 1996). C’est ce bolero limpide et extatique qui clôt le concert en beauté.

Les présentations d’Omar Sosa dans ce format sont rares. On se souvient alors de sessions remarquables mais fort lointaines au Duc des Lombards. Il ne faut donc manquer ce rendez vous de samedi sous aucun prétexte, d’autant que le musée nous offre, pour un prix modique, concert et accès aux expositions et aux collections.

Par Didier Ferrand | akhaba.com

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