Classicismes d’Inde et d’Iran au Théâtre de la Ville

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Classicismes d’Inde et d’Iran au Théâtre de la Ville

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Hossein Alizâdeh et Shahram Nazeri © Roshanak

Le Théâtre de la Ville poursuit sa programmation musiques du monde en mars avec deux temps forts, des traditions raffinées d’Iran et d’Inde dont deux jeunes maîtres de la scène actuelle qui croisent les cultures de leur Nord et de leur Sud. Le joueur de sitar et chanteur Purbayan Chatterjee et la virtuose de la vînâ Jayanthi Kumaresh viennent pour la première fois jouer en duo en France (samedi 10 mars), bien qu’ils s’y fussent déjà produits en d’autres formations.

Bengali du Nord, Purbayan Chatterjee (né en 1976) a surpris son monde dès ses trois ans en annotant scrupuleusement chaque chanson qu’il entendait avant d’être aussitôt pris en main par son père, Shri Chatterjee Parthapratim, sitariste reconnu qui apprend à son rejeton les rudiments de son instrument.

Il le confie ensuite aux leçons de l’un de ses propre maîtres, Ustad Ali Akbar Khan (1922-2009), fils et élève du prodigieux Baba Allaudin Khan (1881-1972), lui-même formateur de Pandit Nikhil Bannerjee (1931-1986), autre prof du père de Purbayann qui voue une grande admiration à cette autre légende du sitar.

Des enseignements et auspices qui favorisent les prédispositions étonnantes du jeune prodige pour explorer jusqu’à ses extrêmes limites son instrument de prédilection et qu’il démontre régulièrement sur les scènes du monde, dont le Théâtre de la Ville, accompagnant la violoniste Kala Ramnath, et aux Abbesses en novembre 2009 en compagnie de Jayanthi Kumaresh.

Tamoule du Sud, Jayanthi Kumaresh (née en 1969) remporte régulièrement depuis l’enfance des distinctions, notamment son classement très jeune au sommet d’un concours prestigieux d’All India Radio. Jayanthi a commencé la musique à trois ans, elle aussi, en pinçant la vînâ qu’elle a d’abord apprise auprès de sa tante, la chanteuse Padmavathy Ananthagopalan, sœur du fameux violoniste carnatique Sri Lalgudi G. Jayaraman qui inspire aussi sa nièce.

Puis, elle suivra les leçons de S. Balachander, rénovateur puissant du jeu de la vînâ. Une voie que la surdouée approfondira en exploitant toutes les possibilités de l’instrument le plus majestueux d’Inde, celui de Sarasvati, la déesse des arts. Maîtrisant toutes les subtilités du râga, Jayanthi compose aussi pour des spectacles de danse, des comédies musicales, se frotte à d’autres musiques que la sienne dans plusieurs jugalbandi, ces dialogues musicaux où volent les notes et s’intensifie l’émotion.

Shahram Nazeri (17 mars) est considéré depuis plusieurs années comme l’un des grands maîtres du chant classique persan. Les mélodies du radif qu’il apprend très jeune tout en suivant les récitations de son père lors de cérémonies soufies dans son Kurdistan iranien natal (1951).

Lui-même au daf, Nazeri est soutenu au Théâtre de la Ville par l’excellent Hossein Alizâdeh au târ, virtuose aussi du setâr dont il a publié une méthode, et leur cadet Madjid Khaladj, joueur de zarb renommé et créatif, de tombak également, pédagogue efficace des percussions iraniennes. Un orchestre de choix qui donne des ailes à la voix claire de Nazeri. Surnommé « le rossignol persan », il s’envole alors dans une réinvention toute personnelle du radif traditionnel, au croisement de la rigueur et de l’improvisation.

Son duende file le frisson indispensable au déferlement de lames d’émotion. Sa tradition kurde y est aussi pour quelque chose. Nazeri est probablement le premier artiste iranien contemporain à chanter en musique iranienne, le Persan Jalâl ud-Dîn Rûmî (XIIIe siècle), le plus grand poète du mysticisme islamique, dit Mawlânâ, notre maître, inspirateur incontestable des derviches tourneurs : « Apporte le vin pur de l’amour et de la liberté/Mais monsieur une tornade approche/Alors plus de vin nous apprendrons à cette tempête/Une ou deux choses sur le tournoiement ».

Par Bouziane Daoudi | akhaba.com | 2012-03-07

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