Ÿuma : mélancolie folk de Tunis

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Ÿuma : mélancolie folk de Tunis

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Photo Samy Hamila

En ce mois de mars, le duo Ÿuma vient défendre son nouvel album, Poussière d’étoilesghbar njoum en arabe –, une musique souvent douce, méditative, et singulière dans la musique tunisienne. Formé en 2015 par la polie Sabrine Jenhani et le pileux Ramy Zoghlemi, Ÿuma investit mardi 6 le Studio de l’Ermitage, salle conviviale sur les hauteurs du XXe arrondissement de Paris, avant de présenter ses nouvelles compositions à Bruxelles, le 8, à Londres, le 10, à Zürich, le 25, et au Casino de Paris, le 27, en première partie d’Emir Kusturica.

Ÿuma est une découverte, en France, du label breton Innacor – une créolisation bretonne de l’expression française « il y en a encore » –. Sabrine et Ramy chantent sur une musique sobre, une poésie arabe riche en métaphores, en allusions aux vicissitudes de la vie. Leur répertoire est un folk acoustique, souvent mélancolique, nourri par la tradition tunisienne, maghrébine, présentement arabe et lointainement berbère. Il y a du mysticisme dans leur musique, un tendre rassemblement entre le spirituel d’Occident et celui d’Orient.

« Notre musique est basée sur la spiritualité. Elle a un côté très curatif. Elle nous apaise en tant que personnes et apaise notre public », déclare Sabrine avant de dire qu’elle et Ramy ont été membres de plusieurs groupes de différentes musiques avant de fonder leur duo. Un éclectisme que le couple a réussi à dompter pour en sortir un genre à la fois grave et plaisant, façonné par leurs itinéraires respectifs.

Plasticienne, Sabrine Jenhani est diplômée de l’école des Beaux-Arts de Tunis, a été chanteuse jazz, rock comme Ramy Zoghlami, guitariste en plus et compositeur de musique électronique, et cinéaste. Il faut dire qu’en Tunisie balnéaire rock, jazz, électro restent des mélodies marginales, confinées souvent à l’animation de night clubs pour jeunesse dorée tunisienne et touristes européens, dans un pays de plus en plus rétif aux influences culturelles occidentales.

Mais Ramy et Sabrine se sont inclinés à valoriser le terroir tunisien, son arabe historique. « C’est une langue qui a tendance à disparaître, alors qu’elle est très chantante, très douce, où il y a beaucoup de rimes. Nous essayons de collecter ces termes, adages populaires pour en faire des chansons avec cet aspect folk, moderne de notre background aussi rock, un peu blues », explique Ramy.

Ÿuma chante un vague à l’âme, une saudade du pays profond en des rythmes sans frontières dans un pays où soufflent les vents mauvais d’un islam dévoyé, obscurantiste qui pervertit la révolte populaire contre des années de régime despotique, corrompu, prétendument laïc avec la complicité, la duplicité des pouvoirs occidentaux. « J’ai peur pour toi/Du mauvais œil des gens », chante le duo dans Nghir alik.

Cette Poussière d’étoiles est une constellation d’univers divers, quand Sabrine Jenhani et Ramy Zoghlemi puisent leur inspiration en des musiques de guitare, percussions, contrebasse, violoncelle, batterie pour chanter, aussi, des fables racontées par leurs grands-mères, gardiennes de la tradition tunisienne. C’est là où leur innovation rencontre leur culture ancestrale. Ce qui rend leurs mélodies hors du temps et donc universelles parce qu’elles parlent à tout un chacun, quelles que soient sa terre, ses origines.

Par Bouziane Daoudi | akhaba.com

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