Le Comité d’Harold López-Nussa au New Morning

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Le Comité d’Harold López-Nussa au New Morning

A Cuba, dire « le Comité » fait tout de suite penser aux Comités de Défense de la Révolution (CDR). J’ignore si c’est l’ardeur révolutionnaire de ces jeunes gens ou bien le simple fait d’avoir baigné depuis leur plus jeune âge dans cet univers bien particulier qui leur a fait choisir ce nom de groupe.

Ce qui est sûr c’est que tous ont été imprégnés du meilleur jazz (afro) cubain, particulièrement des deux icônes que sont les pianistes Emiliano Salvador (1951-1992) et Chucho Valdés. Le premier est de ceux qui, à l’instar de Chano Pozo, ont marqué les générations suivantes en dépit d’une carrière tronquée par la Grande Faucheuse.

Quant au second, son ombre plane d’évidence sur le Comité puisque cinq de ses membres ont enregistré et/ou tourné avec lui (c'est-à-dire tous exceptés les deux claviéristes). Il n’est donc pas surprenant d’entendre une magnifique version de Bacalao con pan – premier hit d’Irakere – lors des concerts. Plus cuivrée, cette version est aussi encore plus épicée que celle qui nous avait ravi sur l’album El viaje de Harold López-Nussa.

Ainsi, López-Nussa, qu’on ne présente plus, le pianiste Rolando Luna (Omara Portuondo, Buena Vista Social Club, Havana meets Kingston), Gastón Joya (basse), Irving Acao (saxophone ténor), Carlos Sarduy (bugle, trompette), Rodney Barreto (batterie) et Yaroldy Abreu (percussions) forment ce comité de choc qui fera sa première parisienne le 8 avril au New Morning.

Le disque – Y qué !? (So what), Philippe Monsan –, sorti début mars 2019, est un bel aperçu de ce qui nous y attend. Il nous offre des compositions toutes originales, hormis le Son a Emiliano du pianiste Gabriel Hernández et l’inusable So what de Miles Davis. Si le latin jazz bien « caliente » domine, des plages plus cool illustrent une autre facette de leur talent. La gitana, où s’exprime la contrebasse toute en rondeurs de Joya, fait partie de celles-ci.

Bien qu’essentiellement contemporain, le groupe nous fait aussi voyager dans les années soixante-dix du 20e siècle – recours aux Fender Rhodes – mais aussi du 19e lorsque, au milieu du concert, López-Nussa et Luna se lancent dans un « quatre mains » sur la danza Los tres golpes d’Ignacio Cervantes (1847-1905).

Au-delà de la virtuosité de chacun de ses musiciens, le Comité nous propose un projet cohérent où l’innovation le dispute à la profondeur des racines.

Par Didier Ferrand | akhaba.com

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