Tabous : Musiques et Interdits

concert

Tabous : Musiques et Interdits

description: 

 

 

 

 

 


Parissa © EDT

Le temps d'un récital le dimanche 5 octobre au Théâtre Municipal de Fontainebleau, Parissa, la grande dame de la musique classique persane est l'invitée de l'édition 2014 du Festival d'Ile de France (6 septembre - 12 octobre). A la lumière de son parcours, on comprend pourquoi le Festival a souhaité associer ce destin brisé de cantatrice à sa thématique Tabous : musiques et interdits.

En 1970, Parissa – née Fâtemeh Vaezi en 1950 – entreprend sa formation de chant traditionnel auprès du respecté Mahmoud Karimi. Celui-ci aurait dit d'elle : « Parissa est mon élève la plus prometteuse. Elle peut chanter dans tous les dastgah et a acquis toutes les compétences nécessaires de l'interprétation et de l'improvisation pour un parfait rendu de la musique sonnati. »

Disciple douée, Parissa va bientôt mettre d'elle-même ses pas dans ceux de Ghamar Molouk Vaziri (1903-1959) et de la grande Marzieh (1924-2010). A vingt-trois ans à peine, le public iranien découvre sa voix de cristal et sa technique académique dans les sessions de la TV iranienne. De 1973 à 1978, elle est aussi la voix du Centre pour la Préservation et la Diffusion de la Musique persane. Cette décennie la consacre comme la jeune égérie sonnati de Téhéran, et en fige cette image durablement dans le public iranien. Elle connait alors ses premiers concerts à l'étranger.

La Révolution iranienne de 1979 a de nombreux effets sur cette scène sonnati. Après une courte période d'interdiction totale de la musique, le Ministère de la Guidance Islamique s'infléchit, mais bannit néanmoins jusqu'à nos jours la performance vocale par une femme seule. A Téhéran, la carrière de Parissa se retrouve, de fait, reléguée à l'enseignement du chant, qu'il soit institutionnel ou privé. Mais qu’aurait été sa carrière sans ces restrictions ?

Parissa

Le genre sonnati figure parmi les rares genres tolérés, mais encadrés par le nouveau Ministère. Trois décennies durant, son évolution artistique consacre la sophistication – tant du tasnif que des orchestrations – et les voix masculines puissantes de Shajarian, Nazeri, Ghorbani et autres Aghili. A leur écoute, on conçoit ce que ce surdimensionnement vocal confère d'aisance dans le tahrir comme dans le hal.

Il faudra attendre 1995 pour que Parissa revienne à la scène, à la faveur principalement de déplacements à l'étranger. Elle collabore alors avec Hossein Omoumi (ney), Daryoush Tala'i (târ), ou encore l’ensemble Dastan, le prolifique quintet d'Hamid Motebassem. Dans l’interstice actuel de la scène sonnati à l'étranger, son come-back est une véritable revanche sur le destin. Une revanche au goût de triomphe. Ses tournées en Europe et aux USA sont d’abord acclamées par le cortège des nostalgiques. Elles ravivent la flamme de ses admirateurs inextinguibles d'antan, tandis que l'enregistrement Shoorideh (2003), en concert avec Dastan, la fait redécouvrir du public occidental. Le disque sera récompensé par le Prix du disque de l'Académie Charles-Cros dans le domaine des musiques du monde.

Eût égard à sa technique, rémanente, le timbre actuel de Parissa trahit quelques outrages du temps. Son chant contraste aussi avec les productions de la nouvelle génération, cependant que la voix époustouflante de Mahdieh Mohammadkhani, après quelques autres, achevait récemment de lui faire ombrage. Qu’à cela ne tienne, Parissa a eu sa revanche.

Depuis l'album Simplicity (2008), Parissa se produit régulièrement avec Iman Vaziri (târ) et Madjid Khaladj (tombak), tout comme elle le fera le 5 octobre. Avec la chanteuse Sepideh Raissadat, le târ de Vaziri a déjà prouvé un talent particulier à mettre en valeur ces timbres délicats. C'est dire ce que le répertoire de Parissa gagne ici à son tour en intimisme et en sérénité solennelle. Par cette économie de moyens, le public d'Ile de France pourra enfin apprécier le trésor que fut sa voix. Une opportunité de la redécouvrir.

Par Pierre D’Hérouville | akhaba.com | 2014-10-01

Parissa en concert en Turquie le 29 septembre 2011 avec Iman Vaziri et Madjid Khaladj lors de la 8ème édition du festival de musique mystique de Konya. Ce festival commémore chaque année l'anniversaire de la naissance du poète mystique persan Mevlana Jelaluddin Rumi (30 septembre 1207 - 17 décembre 1273).

albums relatifs