Yann-Fañch Kemener est parti

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Yann-Fañch Kemener est parti

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Yann-Fañch Kemener © Eric Legret

Voix d’or de la gwerz et du kan ha diskan, blues et rhythm’n’blues traditionnels de Bretagne, la star armoricaine est décédée ce 16 mars, emportée par le cancer, après 45 ans de carrière intense, laissant aux nouvelles générations un fabuleux héritage celtique.

Yann-Fañch Kemener, le patrimoine et la transmission

L’une des quatre ou cinq plus belles voix masculines du chant breton vient de s’éteindre. Une voix vigoureuse, granitique et subtile, cristalline parfois, qui a exceptionnellement participé au renouveau de l’héritage musical breton. Yann-Fañch Kemener a disparu samedi matin 16 mars, à 61 ans. Le Costarmoricain a lutté pendant plusieurs mois contre le « crabe ».

Ce cancer qui l’a affaibli au point d’arrêter ses concerts dès novembre 2018, après 45 ans de vie consacrés au patrimoine breton sur des centaines de scènes, avec des dizaines d’albums, écrivant de nombreux ouvrages, formant des générations de chanteurs et musiciens. Passionné par le collectage des traditions musicales bretonnes, attaché à la transmission de son expérience aux plus jeunes, Yann-Fañch Kemener n’a eu cesse d’explorer de nouvelles voies à la culture bretonne, notamment du côté de la musique baroque.

Prix de l’Académie Charles-Cros à 25 ans

Né en 1957 sous un patronyme francisé, Jean-François Quémener, à Sainte-Tréphine, minuscule bourg au centre des Côtes-d’Armor, Yann-Fañch a grandi dans une famille très pauvre mais riche par son attachement à la culture ancestrale avec une mère qui chante et danse, des arrières grands-mères et un grand-oncle reconnus localement pour leurs chants virtuoses.

« J'ai été élevé en breton. Mon père ne connaissait pratiquement pas le français. Ma mère me disait "à chaque mot, sa note". La note, c'est la rime », dit-t-il dans un documentaire télé que lui a consacré France 3 Bretagne. Très jeune, il a l’appétit insatiable pour absorber le legs culturel breton et se produit sur scène dès ses 13 ans. Il enregistre à 20 ans Chants profonds et sacrés de Bretagne, avant d’être, 5 ans plus tard, en 1982, récompensé par le prix de l’Académie Charles-Cros. D’autres récompensent suivront, comme la médaille de chevalier de l’ordre des Arts et des Lettres en 2015.

Fest-noz patrimoine immatériel de l’humanité

Chanteur fabuleux de la gwerz, le blues celtique, et du kan ha diskan, le chant et re-chant festif, Yann-Fañch sait tirer des larmes à l’auditoire que lui filer une irrésistible envie de danser, aussi bien en des salles conventionnelles que lors des festoù-noz, fêtes de nuit populaires bretonnes où il a participé dès ses 4 ans. Ce fest-noz (singulier) qui a été inscrit en décembre 2012 par l’Unesco au patrimoine immatériel de l’humanité. Yann-Fañch Kemener, comme son aîné Alan Stivell, ou ceux de sa génération tel son complice Erik Marchand, y est aussi pour quelque chose.

Yann-Fañch ne se contentait pas de donner seulement des concerts convenus. Il concevait aussi ses spectacles telles des pièces de théâtre, multipliant les collaborations, s’adressant également au jeune public. Il est décédé chez lui, entouré des siens, dans sa maison de Trémeven dans le pays de Quimperlé, Finistère. « Le pire n'est pas de partir mais de laisser derrière soi ce que l'on aime le plus », disait-il.

Par Bouziane Daoudi | akhaba.com

"Yann-Fañch Kemener : Tremen en ur ganañ (Passer en chantant)", un documentaire émouvant de Ronan Hirrien réalisé pour France Télévisions (2019)

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