Une reine est morte

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Une reine est morte

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Esma Redžepova

La plus célèbre voix de la musique rom s’est tue le matin du dimanche 11 décembre. Esma Redžepova, surnommée la reine des tsiganes, a été emportée par « une longue maladie », comme disent les communiqués officiels. Mais ça, on s’en fiche ; le plus important reste ce qu’elle a été, une femme exceptionnelle, non seulement comme chanteuse mais aussi comme être courageux, combattant.

Née en 1943 dans un faubourg populaire de Skopje, capitale de la minuscule Macédoine, terre natale d’Alexandre le Grand (356-323 avant J.-C.), Esma se fait remarquer en 1956 ou 1958, selon les biographes, dans un radio crochet de l’ex-République fédérative socialiste de Yougoslavie. Un pays rassemblant alors six micro-Etats balkaniques peuplés de chrétiens et de musulmans, sous l’autoritarisme du maréchal communiste croato-slovène Tito (1892-1980).

Une fédération en quête alors d’un récit national où les musiques régionales, les folklores locaux sont dégrossis afin de correspondre à une culture nouvelle pour cimenter une fédération hétéroclite, en lorgnant, sans le dire, sur l’homogénéité culturelle supposée des nations occidentales. C’est dans ce contexte que naît la carrière d’Esma Redžepova dans la guerre froide où la Yougoslavie se déclare neutre, non alignée, ce qui favorise la diva macédonienne pour se produire sur les cinq continents. C’est en Inde, pays supposé originel des gitans que lui fut attribué en 1976 le surnom de reine des tsiganes.

Adolescente, elle est repérée par un as de l’accordéon Stevo Teodosievski (1924-1997) qui persuade ses parents d’emmener le prodige avec lui. Il l’épouse en 1968, au grand dam des tsiganes qui n’apprécient pas les épousailles d’une des leurs avec un gadjo, un non gitan. C’est le premier combat antiraciste d’Esma Redžepova, suivi par sa lutte pour l’émancipation des femmes roms.

Elle interprète des centaines de chansons, donne des milliers de concerts, notamment à l’Olympia de Paris dès 1962. Ces dernières années, Esma chante un répertoire mêlant mélodies et instruments traditionnels tsiganes avec trompette, clarinette, contrebasse, bouzouki, avec des arrangements modernes.

Ne pouvant avoir de progéniture avec Stevo Teodosievski, Esma Redžepova adopte avec son mari une cinquantaine d’enfants dont certains deviennent musiciens auprès de leur mère adoptive et lui apportent une touche de modernité qui la rend toujours actuelle. La reine Esma Redžepova est enterrée lundi 13 décembre. Elle avait 73 ans.

Par David Marif | akhaba.com

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